
Le trou était déjà bien garni lorsque ceux de Musard nous rejoignirent. Des jeunes pour la plupart, n’était l’inoxydable Dudu.
Dom était là. Ainsi que Marc. Quelle allure ! D’où sortait-il ? Alain aussi était parmi nous.
Nous avions eu un repas asiatique avec Chewbacca. Nous eûmes un repas marocain avec le Bardibulle. Nous sommes des êtres mêlés. Il faut savoir traverser les frontières pour éprouver pleinement le monde.
Chewbacca avait déserté les idéogrammes pour graver sur la nappe des mots de bienvenue :

De l’harira aux keftas

L’assemblée était nombreuse pour goûter les délices du Maroc. En entrée nous eûmes droit à une harira. Son étymologie vient du mot harir qui signifie velouté. Elle s’écrit حْرِيرَة. L’harira du Bardibulle était faite de pois chiches, d’oignons de coriandre et d’œufs. Nous pouvions tremper notre pain matlouh dans le suave breuvage. Et boire un petit coup de Sidi-Brahim qui rosé, qui rouge. Il y avait aussi un rouge du côté de Blaye apporté par Yann.
Puis, des keftas à la marocaine (boulettes de bœuf) avec oignons, coriandre, persil… Et de la semoule épicée que notre Bardibulle avait si soigneusement brassé au préalable. Un délice !

Parpaing ou bambou ?
Chewbacca se lança alors avec Tautau sur les bienfaits du parpaing. Pourquoi le parpaing ? Pépé se mêla à la conversation en prêchant pour le bambou. Quant à Jacouille, il vanta le béton armé. JB abonda pour les mérites du bambou. « Rien ne vaut les rhizomes » dit-il, « et puis le problème du parpaing, c’est le poids. » Et Pépé de lui jeter un regard complice en mâchouillant ses boulettes.
À l’autre bout de la table, les jeunes se foutaient pas mal de ces considérations bâtimentaires. Maxence racontait sa première, brève, à l’US Lacanau ; la faute à une arcade. Olivier chantait les beautés de sa cuvette. Et Peyo souriait. Marc était là, cintré dans un col roulé, beau comme un sou neuf.
La main leste du Bardibulle



Quel lancer d’assiettes ! D’autant que le Bardibulle osa une distance périlleuse. Le talonneur converti, parfois, en demi-de-mêlée, sait ce que lancer veut dire. Dom saisit d’une seule main l’obole, à la Lolo. Ah ! si la main de Guitou avait été là, cette main qui taquine le club, enlace la raquette et caresse la béchigue comme nulle autre.
Après, la seule touche hexagonale avec le fromage. Vache qui rit et chèvre. Le bovin et l’ovin allaient l’amble. Vinrent ensuite tout naturellement des pâtisseries marocaines : pastillas, baklavas, cornes de gazelles, zlabias… Et cela va de soi le thé à la menthe servi par Hamilton. Le trou avait un air de salon.
Thé à la mente

Nous étions un avec le Maroc. Ses bienfaits nous comblaient. Le monde est riche de ses diversités. Goûter le monde, c’est savoir l’accueillir.
Belote et fléchettes ponctuèrent notre fin de soirée. Seb l’emporta aux fléchettes malgré la concurrence du Bardibulle. Fayouz 1er était aux anges. Et buvait avec délicatesse son passe-menthe.
Nous regagnâmes la nuit. Plus de pluie. Le Bardibulle souriait sur le chemin de Saint-Selve et murmura ses lettres persanes. Jacouille parlait aux étoiles. Il est comme ça Jacouille. Luigi trottinait d’un pas allègre. Et Yann rejoignait ses chers coteaux.