L’association Archiball
D’abord, il y eut une poignée de nostalgiques réfractaires à toute rupture d’avec le pré. Ils avaient pour nom : Campo, Caris, Pozzo di Borgio, Primersky, Roussely, Prévôt. Un certain Dumas décida du nom d’archiball avant de s’exiler à Marseille. C’est en 1969, à la Rochelle, que se tint la première rencontre officielle. Les Archiball étaient nés.

Pourquoi Archiball ?
L’amour immodéré de la balle et un clin d’œil à l’activité professionnelle de plusieurs fondateurs y est pour beaucoup. L’idée d’associer la passion de la baballe ovale à celle du bâti alla de soi. C’est assez naturellement que le castor devint l’emblème de ce club maintenant cinquantenaire. D’où le surnom de queues plates données à ses membres qui trouvèrent tanière dans un trou.
Le trou
Le trou, depuis 1972, c’est le repaire des Archiball, la tanière, la hutte. Le mercredi soir, puis le mercredi, après avoir taquiné la balle, les castors s’y retrouvent. Jeunes et vieux. N’allez pas croire, cependant, que les vieux soient des sages. Comme l’érivait maxime de La Rochefoucauld : « Les vieux sont plus fous que les jeunes. »
Les Archiball sont toujours gouvernés par un architecte même si les plâtriers sont aux aguets. Ils ont connu cinq présidents : Coco Bouey, Michel Moga, Joël Maurice, Jean-Louis Valadié, Arnaud Boulain et Florian Faye.
La vie du castor répond à des rituels. Avant de l’être, il faut le mériter ; on ne naît pas castor, on le devient. L’apprentissage, pour un stagiaire, ne dure que deux ans. L’impétrant doit déclarer sa flamme par une lettre s’il entend être adoubé. Certains redoublent. Il ne suffit pas d’affirmer ses désirs, il faut les vivre.

Le deuxième rituel, à tout seigneur tout honneur, c’est le pré. Chaque mercredi, les queues plates se retrouvent à Musard pour un toucher. Longtemps se fut sur le terrain annexe. C’est désormais sur le terrain synthétique de Bergonié. Les règles sont immuables. Toucher à une main, perte du ballon après trois touchers, pas de pieds, pas de ballons tombés… Parfois, le castor consent à éprouver les rugueuses réalités d’un match.
Le trou à rats : plus qu’un quartier général
Le troisième rituel, c’est le trou. A tour de rôle, au 1, rue de Bègles, puis au xxx cours de la Marne, chacun de faire sa bouffe. A 10 heures pétantes, Pépé hurle « A table ! ». Entrée, plat, fromages, dessert sont de rigueur. Et, avant le fromage, le lancer d’assiettes. Il y a des soirs d’apocalypse et des soirs calmes. Le fromage est précédé de bêlements. Le castor bêle.

Le castor est baladeur. Il aime à sortir des limites dont l’histoire a, parfois, décidé de manière bien injuste. L’universel est son royaume. Il se gausse des frontières, de ceux qui portent les nations au pinacle et n’estiment qu’il ne de bon bec que chez eux. Le castor fraternise hors de sa tanière. Il a le goût de l’autre chevillé au corps. Il aura ainsi traîné ses guêtres dans bien des pays.
Au fil des destinations
Le Sénégal, le Maroc, la Thaïlande, l’Espagne, l’Italie, la Hongie…Avec une prédilection pour les îles britanniques. Normal, c’est outre-Manche que le rugby fut créé. Mais l’outre-Manche des castors a souvent des relents de Highlands. L’odyssée des castors connut des pics. Pour le castor, « l’universel, c’est le local moins les murs. » Et pourtant, il l’aime son local. D’ici à en faire le périmètre définitif de son existence, il y a un pas qu’il ne franchit pas.
Le castor a le sang mêlé. Il fait sienne la formule de Montaigne « L’unisson est la qualité du tout ennuyeux ». Loin de se contenter des seuls métiers du bâtiment, il s’ouvre à bien des genres : la médecine, la communication, l’art, la justice, et j’en passe. Avec une inclination pour le milieu du vin. Il n’est pas girondin pour rien. Mais le castor est pluriel par son refus de l’identique.
Pas un être qui ne se ressemble. Et c’est tant mieux. Pluriel, il est également modeste. Sans épouser le jansénisme de Pascal (encore qu’au jeu du rugby, il y ait une certaine prédestination quant à la grâce), il pourrait mettre sur la devanture du trou cette phrase des Pensées : « La vertu d’un homme ne doit pas se mesurer par ses efforts mais par son ordinaire. ». Ici, le chichi est vain.
Le castor, enfin, est chantant. Il possède un hymne où le doigt est de rigueur. Et entonne à qui mieux-mieux le répertoire cher au rugby.