Par le Barde et Bardibulle
Le ciel gagne son éclairage naturel en ce début de mois d’Avril, les Castors entraient sur le terrain au gré des arrivées, mêlant jeunesse fougueuse et de la sagesse des anciens. Simon et Boki en lanternes rouges se mettront au vert. La barrière automatique se ferme pour ouvrir les débats.
La gonfle glissait de main en main, et déjà notre Barde récitait son rugby, orchestral et précis, donnant à chaque passe la poésie d’un vers bien tourné. L’hémistiche est pour sa gouverne un décalage dans sa retenue. À ses côtés, la grâce et l’élégance du jeu de trois-quarts se destinaient à des arabesques. Rien ne se sert de courir, il faut savoir passer à point ! En face, Juju veillait, notre tour de contrôle d’une mobilité statique bien rassurante, guidant les siens d’un gabarit sûr. Thibaud, lui, crépitait comme l’orage : électrique, insaisissable, mais fidèle à son amour du contre-pied. Le contre-pied garde un prévisible certain. Quand le sens va à l’opposé de sa direction cela reste une sens facile à suivre. Le Bardibule, surgissant de nulle part, coupait les trajectoires avec malice, empilant les interceptions comme d’autres collectionnent les toupies. Patrice comptait les points avec une rigueur d’horloger, gardien discret de l’équilibre du jeu.
Mais le rugby n’est pas qu’affaire de gestes, il est aussi une lecture celle du jeu et non de l’interprétation de la règle. L’art est subtil car interpréter la règle est facile à son actif.
La parole est un détour au rugby, attribué en principe aux capitaines et respecter à celle de l’arbitre. Son respect fait foi. Le joueur est joueur et non parleur. Point de parleur joueur. Savoir quand jouer vite, quand temporiser, quand céder : voilà le véritable savoir du jeu si cher aux Castors.
Hélas, des castors and co., emportés par l’ardeur, avaient laissé les mots dépasser la pensée, oubliant que le jeu prime sur l’ego du collectif.
Un rappel s’impose : ici, on partage plus qu’un ballon, on partage un moment.

Les gars, serrez-vous. Aujourd’hui, on va être clairs. Très clairs.
Pas un mot, pas un geste de travers. Le respect, ce n’est pas une option, c’est la base. Je n’en ai rien à branlé si le ballon est en avant alors que la passe est en arrière ! Le toucher à 5 doigts ½ n’est pas à discuter. Parce que tourner votre langue pour dire des conneries, ça ne fera jamais avancer le ballon. Par contre, mettre la tête dans le turbin, ça, ça fait gagner des mètres. On n’est pas là pour discuter chaque décision comme si on était en terrasse. On est là pour jouer. Pour s’envoyer. Pour répondre dans l’impact, pas dans les paroles. Vous voulez vous exprimer ? Faites-le dans les rucks.
Vous voulez contester ? Faites-le en défense, en remontant ensemble.
Vous voulez prouver quelque chose ? Alors plaquez, courez, soutenez. Aujourd’hui, on ferme la bouche… et on ouvre le jeu. On se respecte en adversaire, et sur le terrain, on ne lâche rien. Ce n’est pas pour rien que les castors ont une grande queue et une petite langue. Bon Juju Tu me prends ça en main.
Mots de vestiaires – Avril 2026

Il y a Sapiac.
Il y a Sapiac, c’est un état d’esprit qui s’incarne dans une doctrine toute de sagesse : le sapiacisme. Le sapiacisme, c’est l’art de donner de la grâce à la simplicité. Olive est l’un de ses plus illustres représentants, sinon le premier d’entre eux. Son tic était à ses côtés (photo) et leur tic tac si doux si doux aurait plu à Perdigue.
On parle beaucoup de l’homo sapiens. Bien à tort. Nous relevons de l’homo sapiac. Les manuels d’histoire sont si imparfaits. Notre cuvette originelle est Tarn-et-garonnaise, con se le dise. Et nos géographies sentimentales, sans quoi, elles ne valent pas tripette.
Une tablée de printemps
La tablée était fournie. Nos jeunes pousses étaient en nombre. Une tablée de printemps, des beaux jours. Avec le grand Tom, Poulet, Chewbacca, Croucrou, Tautau et notre Jacouille. Pas de Pépé, pas de JB hélas.
Hamilton ne tarit pas d’éloges sur l’entrée. Rien de plus ordinaire que des poireaux vinaigrette. Mais cet ordinaire est de l’or lorsqu’il est concocté comme il le fut par Tac. Et que dire de ces œufs mayonnaise ! Amélie les dégusta avec amour.
Nous étions, bel et bien, dans les vertus du sapiacisme. Lorsque le peu est beaucoup, tout devient « calme, luxe et volupté ». Notre ex Prez qui était sur les pas de L’homme tranquille et dont c’était l’anniversaire, aurait apprécié cette entrée en matière. C’était aussi l’anniversaire de Mamie Zinzin, aussi notre pinson n’était pas des nôtres, réservant ses trilles ascendants à sa douce.
Dieu que le paleron est bon

Puis, ce fut un paleron de bœuf revenu, mitonné, avec un bouquet garni de thyms et de lauriers, et des carottes. Un bœuf carottes si l’on veut. Ravis, nous trempions de petits bouts de pain dans la sauce avant de le porter à nos lèvres impatientes. Des pommes de terre grenaille accompagnaient ce bœuf tendre, suave. Ah ! que la chair est bonne avec Olive. Pioupiou voyait un concurrent de plus le supplanter pour la cuillère de bois. Il ronchonnait tout au bout de la table face à Tac. Il va y avoir duel entre la tête de veau façon Maxence et le bœuf carottes de Tac.
Petite suite au cabécou et au crumble



Le lancer d’assiettes fut sapiacien, cela va de soi. Un sans-fautes. Le montalbanais a la main leste, précise.
Quel délicieux petit cabécou en fromages. Il n’était pas des terres de Tac, mais il avait de la gueule. Il y avait aussi du camembert. Mais le cabécou l’emporta. C’est un joli mot cabécou. Ses racines sont occitanes, de cábro : chèvre. On dit aussi cabecon, Perdigue en sait quelque chose.
Il fallait une touche anglaise à ce repas ; il fut conclu par un crumble aux pommes. Un hommage à la perfide Albion, bien moins perfide qu’on ne le dit puisqu’on lui doit l’invention du sport qui nous réunit chaque mercredi soir. La glace à la vanille était de rigueur. C’était bon. Alex suppléa JB pour le café.

Un concours de fléchettes, du passe-menthe, des discussions de comptoir, sur fond musical, et la soirée s’éternisa en douceur.

Savoir rester modeste et savoir rester fier
Une nuit d’avril constellée d’étoiles nous étreignit au sortir du trou. Tac s’en revint chez lui tout sourire. J’ai accompli mon devoir se dit-il, sans jamais éprouver l’orgueil qui sied aux orgueilleux. Le sapiaciste est modeste. Il fait sienne cette pensée de Joubert : « Savoir rester modeste et savoir rester fier. » Tac, c’est pas du toc.