
Guitou était un seigneur ; il était élégant. L’élégance ne se calcule pas, elle tient à une allure, un port de tête, une manière d’être. Quel sourire ! Lumineux ! Il vous emportait. Guitou avait tant de charmes.
Si JP Campech a quelque chose de Cary Grant, Guitou avait quelque chose de Burt Lancaster, celui du Guépard. Ils faisaient bien la paire ces deux-là.
Natif du Gers, il avait déserté les terrains où régnèrent les Le Goff et les Biémouret pour celui de Sainte-Germaine. C’était un redoutable troisième ligne, un homme de combat. Mais aussi un amoureux des grands espaces. Un bel athlète qui n’avait pas toujours sa main dans sa poche ! Ni le pied ! Je me souviens de ce match à Madrid où il tendit son pied pour interrompre la course d’un Hidalgo en quête de terre promise. Je me souviens de ces courses chaloupées sur le pré à Musard, de ses feintes de passe. C’était hier me semble-t-il.
Même s’il était attaché au stade bordelais, il fit partie de ceux qui comprirent que l’union était la voie du salut pour aller à l’excellence. Il avait choisi le bon sens contre l’exclusive des près carrés. La suite lui a donné raison, et je crois qu’il en était fier.
Guitou excellait aussi au tennis (n’est-ce pas Bernard !) et au golf. Un être protée. C’est comme ça, certains sont bénis des Dieux, on n’y peux rien.
Au trou, il rayonnait. Il arrivait sur son vélo jaune, chaussé de converses. Il en avait de toutes les couleurs. Guitou savait épouser l’air du temps, mêlant l’ancien au nouveau avec bon goût. Lors de certains repas, il poussait la chansonnette. Nous fredonnerons La fin de l’été, la larme à l’œil désormais. Il chantait de sa voix menue, chuchotait les syllabes. Un petit côté crooner. Je l’imagine bien chantant La belle vie là-haut avec Coco.
Il s’est battu contre la maladie, et, de guerre lasse, il s’est préparé à partir, entouré de Sylvie et des siens. Son corps
ne l’a pas épargné. Il gardait, cependant, son merveilleux sourire, n’est-ce pas Lolo !
L’année commence bien tristement mes Castors. La faucheuse nous emmerde. N’importe, il sera toujours parmi nous, cela va de soi. Comment Guitou pourrait-il s’effacer ? Il est là, veille sur nous. Nous n’allons pas laisser la camarde nous l’enlevait. Il rejoint la constellation des Castors. Coco et Grognard en tête prendront soin de lui. En sortant du trou, nous ferons un tendre clin d’œil à cette nouvelle étoile.
Nous sommes chagrins mon Guitou. Il faut aimer la vie. Tu l’aimais, savais savourer ses éclats, les plaisirs qu’elle nous tend, avec gourmandise. Quelle belle leçon. Nous la retiendrons. On t’embrasse fort mon Guitou, ainsi que Sylvie et tes deux enfants.