Par le Barde et Bardibulle

Sur le pré il fait toujours bon. Dans les vestiaires des nouveaux venus dans la présence de nos anciens. L’expérience n’est pas un poids. C’est bel et bien une richesse qui donne du noyau à notre plaisir du collectif. Pépé était là son sac de sport en mémoire, accompagné de JB. Les neufs font piliers et inversement. Peu de leurs mots suffisent pour réchauffer l’assemblée. Du coup le groupe en permute, du castor des villes au castor du pré prend toute une autre densité. L’histoire n’a pas son pareil face à la fougue juvénile. Le jeu vaut ses chandelles. Une réalité s’impose: l’expérience a un prix, et ce prix c’est le temps. Leur présence, leurs mots se transforment en braises, ils réchauffent et rassemblent. Point de tours de chauffes quand les mots donnent au corps son ballon.

Les mots de Pépé suffisent à nous rappeler au son rassembleur des crampons d’une chauffe d’antan. La respiration le camphre, le clac clac des crampons, les plocs les plocs de la première ligne. Bref nous étions bien et bien serrés pour ce mercredi. Maxime amène des compères. Julien ajuste ses lignes, point de match à l’horizon. Le propre du désespoir c’est qu’il se suffit à l’espérance. L’ovale a cette particularité d’avoir du rebond sans être rond.

Sur le pré Luigi taquinera l’herbe, un genou récalcitrant pour ne pas dire virevoltant limitera ses percées pour une douche prématurée. Sacré crêpe pour notre plaquiste crêpiste. Nous eûmes du beau jeu. Des compteurs en décalage. La victoire sera du côté des meilleurs. Le tarbais fera à son habitude de belles feintes associé à un Bardibulle en canne. David cherchera en face à recoller le score. La réussite tient parfois à pas grand chose.

Le jeu animé, Rémi s’enrhumera à l’aile. L’ovalie s’apprend avec des phases d’éveil, et des phases d’attente. Le castor est ambidextre, néanmoins le jeu est parfois héminégligent. La passe à gauche est plus naturelle qu’une passe à droite. Con se le dise. Le sens du mouvement ne tient qu’à une latéralité assumée.

Maxime sera du côté des vainqueurs. Le dernier essai ne pourra pas être dans la rattrape. Un serrage de mains. Les étirements pour l’infirmerie en retape. La douche pour les affamés. Ce soir c’est Pédro qui régale.


Pedro était de bouffe et commença son sacerdoce avec les forces de l’ordre. Sa camionnette garée sur le couloir de bus lui valut les foudres de la police municipale. Il reçut l’appui du barde et d’Hamilton qui déchargèrent sa marchandise lors qu’il bataillait en vain avec les autorités. Une douce entrée en matière.

Les prémices

Une belote de comptoir, Chewbacca découpant le jambon et dressant la table, le trou vivait ses habituelles prémices d’avant-repas. Chewbacca eut une délicate attention pour Maria en enveloppant le reste du jambon d’un linge et  d’un dessin de sa main.



Des tomates mozza, du basilic, en entrée comme des promesses d’été. C’était frais, c’était bon. Il n’y a que pour Amélie que l’été, c’est tous les jours. Ainsi notre élu municipal arborait-il un bermuda couleur bleu-azur. Le bref lui va comme un gant.

Pourquoi diable chercher midi à quatorze heures ? La simplicité est  un art. Ainsi de ce poulet accompagné de pommes de terres rissolées. Pour une raison que l’on ignore, le Vieux quatre n’entama pas son chant dédié aux patates et, en bon béarnais, assisté de Counaou, nous fit un récital de chants basques. Il ne manquait que le Tcho et ses petits oiseaux.

Un lancer bien en rythme



Pedro fut pour le moins énergique dans son lancer d’assiettes. Ça tombait comme à Gravelotte. Quel rythme, quelle main ! Un concerto brandebourgeois de Bach aurait été le bienvenu.

Classicisme dans le fromage, brebis, cantal. Auvergne et Pyrénées. Classicisme dans le dessert, une tarte fine aux pommes. Je peux avoir de la glace à la vanille susurra Zeille. 

Liqueur, café et volutes



La chère abandonnée, d’aucuns jouèrent aux fléchettes. Seb servait une liqueur âpre, de couleur rouge. Les baies tassées au fond de la bouteille n’y étaient pas étrangères. Sa gorgée bue, Hamilton eut un haut-le-cœur. Faute de passe-menthe, on goûta d’autres breuvages. Par bonheur, il y avait du patxaran. Sans doute un dépôt de Peyo.


JB servit le café avec grâce sous le regard enamouré de Titi nanti d’une année de plus. Chewbacca s’enfuma dans un Nicaragua aux tons bruns marqués et en distribua aux uns et aux autres. De belles volutes flânaient dans l’air du trou.



La nuit était nuageuse, avec quelques gouttes de pluie ça et là. Croucrou rejoignit Landiras. Muni de quelques restes, Amélie pensait à ses chères petites poules. Pedro évita les forces de l’ordre et rentra sagement. Il médita ces propos de Brassens : « J’aime tellement peu les flics que je traverse toujours aux passages cloutés. »  On ne l’y prendrait plus. Il faut savoir être renard, con se  le dise.

Le Barde d’une geste léger s’éleva sur ses deux roues. Sa manière à lui de défier la gravité du jour. Hamilton roule avec lui, le duo fait la paire pour se lancer dans les rues de Bordeaux. Les vapeurs du trou s’estompent, avec la légèreté du moment qui perdure. La route est toujours belle en bonne compagnie. Un petit air de Ferrat les suit il n’y a pas à dire c’est bon, c’est bon le trou.

Le temps dans nos vieux crampons, le béret à l’horizon
Quelques passes d’un pinson, que c’est bon, c’est bon le trou

Un cuistot qui nous nourrit et le jambon du pays
Une bière en papillon , que c’est bon, c’est bon le trou.

Tout ce qui fait raisin en sabite, tout ce qui lutte et se plaque
Tout ce que j’ai cru trop vite à jamais perdu pour moi
Pouvoir encore regarder, pouvoir encore écouter
Et surtout pouvoir chanter, que c’est bon, c’est bon le trou.

Le biniou de l’amiral dans la nuit, une trompette qui nous suit
Dans une rue de Bordeaux, que c’est bon, c’est bon le trou.

La menthe pastillée d’un néon qui fait trembler
Nos jeux d’ombres belotées, que c’est bon, c’est bon le trou.

Tout ce que j’ai failli perdre, tout ce qui m’est redonné
Aujourd’hui me monte aux lèvres en cette fin de journée
Pouvoir encore partager ma jeunesse, mes idées
Avec le rugby retrouvé, que c’est bon, c’est bon le trou.

Pouvoir encore se parler, pouvoir en castor s’entasser
Se le dire et le chanter, oui c’est bon

c’est bon le trou.

Archiball Bordeaux depuis 1969