Par le Barde

Rien n’est plus difficile que de parler de soi, surtout lorsque soi est double, c’est-à-dire que soi et l’autre ne font qu’un, qu’un nous-mêmes ce transforme en nous-m’aime. Cet incipit pour vous dire que Prof et le barde ne furent qu’une seule et même personne. Comme il y avait un trou dans l’abécédaire de la bouffe, il fallait bien le combler. Le Prof et le barde étant tous deux tivoliens mais aussi du Racing Club Cubzaguais, l’affaire était entendue.
Les conjectures du pré
Pas de Bardibulle pour nous conter de sa plume alerte et vive, interceptant chaque mot avec une adresse, un art incomparables, ce qui se passa sur le pré. L’on peut imaginer que sous le soleil torride de ce soir de juin, la partie fut toute de sueur, que la circulation de la gonfle en pâtit. Mais, ce ne sont là que des conjectures, des supputations !

Trompette en tête


Nous étions une bonne quinzaine ou une petite vingtaine, c’est selon. Chewbacca avait peaufiné sa découpe, Jacouille mit de l’ordre dans nos désordres et fait le nécessaire pour que Maria puisse faire sa besogne salutaire sans entraves.
Ils arrivèrent vers 21:53, Trompette en tête. Le vieux quatre et sa nouvelle hanche, accompagné de son acolyte préféré étaient aussi parmi nous. Pas Pépé hélas, victime d’une chute en plantant ses tomates. Les ligaments de son épaule de talonneur ont cédé. Le doc, depuis l’Inde où il guette un surplus de sagesse lui prodigua de bons et précieux conseils.
Des pichets de vin rouge étaient disposés sur les tables en rang d’oignons. Ainsi que de longs plats garnis de tomates, de mozzarella, parsemés de basilic. Et du pâté. Le Prof et le barde avaient vu large question tomates. Toutes choses profitables pour notre prochain repas.
La poule est eucharistique
Il y eut du riz et du poulet revenu avec de petits oignons et parfumé au curry. Amélie hésita un peu avant d’avaler sa première bouchée. La poule est eucharistique lui souffla Croucrou. Il but cette parole et, à chaque bouchée, un tendre amen s’échappait de ses lèvres.


Le Prof assuma seul le lancer. Normal pour sa première bouffe, fût-elle partagée. Le résultat fut assez mitigé. Et Jacouille de ronchonner sous l’œil inquiet d’Hamilton.
Trois petits fromages, dont un gouda au cumin de saison. Puis des glaces. Et Amélie de glousser, Croucrou de roucouler. Pas de pinson pour nous offrir ses trilles allant crescendo dans les volutes du trou.
Potatoes et patatas
Cette fois-ci, exit les fléchettes et place à la belote de comptoir. Elle s’éternisa jusque tard dans la nuit, agrémentée de passe-menthe et de jet. Qui l’emporta ? On s’en branle, on s’en moque comme de colin-tampon, on s’en soucie comme d’une guigne. Trompette tenta tant bien que mal de se mêler à la lutte. L’acolyte du Vieux quatre se débrouillait pas mal en fredonnant du Fred Astaire, sur un air de potatoes, un remake des patatas de son mentor.
La nuit était chaude. Un vent léger soufflait. Tous de penser à notre Poulpe. À son combat. On l’aime notre Poulpe. Quant au barde barde et au prof, ils repartirent heureux du devoir accompli, papotèrent dans la C1 noire de madame des mésaventures du Racing Club cher à leur cœur.