Par le Barde et Bardibulle

Le mercredi s’étirait sous une canicule de mai, comme si l’été avait pris de l’avance sur le calendrier. L’air vibrait au-dessus de la pelouse et le soleil, impitoyable, semblait vouloir éprouver les âmes autant que les corps.
Pourtant, chez les Castors, il existe toujours un refuge. Le Water Breack sera nécessaire. L’anglicisme est nécessaire pour rendre du pluvieux dans l’aride. Entre deux gorgées d’eau tiède et quelques souffles courts, chacun cherchait sa part de fraîcheur, cette étrange sensation qui ne naît pas du froid mais bien d’une course de travers sans soutien. Et c’est le temps qui court.
Le Doc, revenu de sa bonne mère, comme un vieux marin rentrant au port, retrouvait ses marques avec ce sourire discret de ceux qui ont vu d’autres horizons. Son regard passait sur le terrain avec la sérénité de celui qui sait que les plus belles enjambées ne se comptent pas sans se mordre la langue. Son Lala a de l’écho comme celui de Lolo. Ce soir ses enjambées seront plus percutantes que ces paroles. Le castor dans son périple apprend. Point de langue quand les cannes suffisent à la prise du trou.
À quelques mètres, Luigi envoyait des crêpes dont il a le secret. Les ballons montaient haut dans le ciel brûlant avant de retomber avec la douceur d’une feuille portée par le vent. Chacun de ses gestes semblait défier la pesanteur autant que la chaleur. Sans sucre pour Bardibulle. La morue n’est pas loin, et le coup d’envoi compte ses oeufs pour la pâte.
Le soleil donnera à l’ombre un temps plus restreint. Il en est ainsi quand les organismes sont mis à rudes épreuves. Le nombre souffrira du chaud et s’amincira au fur et à mesure des sautées inutiles et des courses sans appuis. Le jeu mérite son soleil et le Tarbais garde ses montagnes.
La douche réglée al dente. Ce soir c’est Notre Jean Phi qui régale!
Le retour d’un chaton

Sous le soleil exactement fredonnait Christophe à peine rentré de Musard, une pinte de binouse à la main, le corps ruisselant de sueur, suivi, peu après par la petite bande du pré. Et dans cette petite bande, un invité surprise, le doc, de retour de Marseille. Il fit un gros câlin à notre Pépé si heureux de revoir l’un de ses petits chatons car c’est ainsi que l’on appelle la progéniture de notre animal emblématique.

À la rentrée, Pépé et Croucrou ne s’embarrassent pas des usages. Pas de poignée de main, pas d’accolade. Ils avancent l’un vers l’autre et, dans un geste hérité de mille mêlées, leurs fronts se rencontrent dans un « ploc » de bienvenu. Un son sourd, presque imperceptible pour les autres, mais chargé d’histoire et d’emmêlé.
Ce « ploc » vaut tous les discours. Il raconte les saisons passées, les chemins parcourus côte à côte. Du talon frontal, où le cuir fait l’union. Ploc ploc, il y a quelqu’un. Attendez, entrez. Les annonces se suivent et ne se bousculent pas.

Jean-Phi avait prévenu, le sanglier serait de rigueur. En pâté et en gigot. Était-ce un temps pour le sanglier ? On s’en branle comme dirait Perdigue. Hamilton, Titi et le barde revenaient d’une pétanque aux Quinconces. Pour les plus de 65 ans, la boule supplée la gonfle lors des grandes chaleurs.
Il y avait du beau monde. JB et Pépé étaient là. Notre Jacouille aussi, cela va de soi. Nous entamâmes les hostilités au-delà des 22:00 réglementaires sans que Pépé ne s’en offusque. En entrée du pâté de sanglier et des dés de melon que l’on pouvait napper d’un peu de pineau. Une bonne idée de Jean-Phi ce pineau.

Puis vint le gigot promis, avec des pommes de terre et des haricots verts fermes et craquants. Un régal. Julien qui a perdu quelques kilos superflus fit une entorse à sa ligne de conduite. Thibaud savourait, mais ce qu’il savourera vraiment c’est l’heureuse venue bientôt d’un heureux événement. Un chaton de plus en perspective.

Et Fayouz arriva
Et Fayouz arriva. Gai comme un pinson. Titi ne put s’empêcher de lui adresser quelques trilles dont le crescendo touchait au sublime. Amélie fut à deux doigts de glousser mais prit par l’envoûtement de ces trilles si justes, si mélodieux, écrasa une larme, sous l’œil énamouré de Croucrou.



Quel lancer ! Jean-Phi a incontestablement gagné en maturité. La présence de la chair de sa chair, peut-être, n’y était pas étrangère. Nous pûmes admirer la dextérité du Bardibulle qui d’une main gauche adroite saisit l’obole comme si de rien n’était. L’interception est son royaume. Et Amélie de glousser de plus belle.


Du sec et du coulant en fromages, du Comté et du camembert. Avec une salade bienvenue. Avant qu’un bain de fraîcheur ne s’empare de nos palais avec des ananas en tranches, nimbés d’un sorbet à la mangue. C’était parfait. Et JB de servir le café. Ah ! Quand Mozart et WhatsApp Else ne font plus qu’un.
La main d’Hamilton
Une partie de fléchette débuta. Avec Patrice, Seb, Hamilton et le barde. Hamilton la remporta haut la main, au grand dam de Seb. Puis, au comptoir, la soirée s’éternisa pour les récalcitrants autour de quelques verres de passe-menthe et de gin tonic, au son de chansons d’antan.
Le barde et Hamilton enfourchèrent leur cycle, et crurent voir, dans le ciel, le dessin étoilé de la bicyclette jaune de Guitou, juste en dessous de notre tendre constellation. Fayouz regagna son antre d’un pas un rien zigzaguant, comme un hommage aux courses folles de Jean-Phi.

Le Barde vêtus de rouge et notre pinson de jaune portaient fièrement les couleurs de Lens. Le trou est un chant sportif. Les victoires font des liens intemporels. Les sangs et or tenaient leur victoire à bout de bras, comme le Sud vénère son ibère. Après l’ibère vient l’été! De l’Espagne à l’Artois, le soleil semblait avoir trouvé enfin refuge sur leurs épaules. Dans leurs sourires se mêlaient la chaleur des terres du Sud et la rudesse des gueules noires. Le chant de Bachelet s’éleva, transformé comme il se doigt par les deux castors « Au trou c’était les Corons ».