
Par le Barde et Bardibulle
Du côté de Musard
Sur la route du pré, la lune s’est parée d’un orange flamboyant, comme si le ciel, dans un dernier élan d’automne, avait voulu accrocher un soleil au cœur de la nuit. Bleu comme une orange, disait le poète ; il ne manquerait plus que sa rondeur pour lui donner raison. Un brin gibbeux, à contempler pareil astre, nul doute que la nuit a perdu son heure et s’avance à pas feutrés sur le jour.
Un ciel de grues
Dans le ciel, les grues continuent leur course dans la direction du Sud, emportant avec elles quelques promesses de chaleur et de jours meilleurs. On se prend alors à rêver : il ne manquerait que quelques cèpes à cueillir sur le pré pour que ce mercredi prenne des allures de fête champêtre. Miracle sur le synthétique !
L’entrée du stade est grande ouverte. Est-ce un oubli, un signe du destin ou une invitation discrète des dieux de l’Ovalie ? Tout semble concourir au bien-vivre des Castors. Un vélo, posé là comme un témoin silencieux, atteste de la présence de notre Trésor. Dans les vestiaires, Titi, fidèle à lui-même, anime les débats avec cette sagesse singulière qui n’appartient qu’aux anciens de la tribu. Entre deux vérités définitives et quelques théories dont lui seul détient les secrets, il prépare la relève à sa manière.
Les Castors doivent se résoudre à une étrange réalité : l’ovale est une religion qui a su à sa manière multiplier les pains. Le ballon se fait rare et pourtant pour donner suite aux bonnes paroles de Saint Julien les voilà multipliés avec un gonfleur à faire évanouir toute grenouille de bénitier. Point de Romain sans pénitents.
La vérité du pré
Puis vint l’heure du jeu, celle où les paroles quittent les vestiaires pour se confronter à la vérité du pré. Les Castors se répartissent en deux camps : les oranges, qui défendront les bleus, et les sans-couleurs, dont la neutralité vestimentaire ne saurait masquer les ambitions. Les lignes se veulent homogènes, savant mélange d’étudiants dans la digne succession du Prezz, de jeunes pousses, de stagiaires et du gros des Castors. Une répartition où l’expérience côtoie l’insouciance, et où la relève apprend en observant les vieux briscards.
Maxime, quant à lui, veillera à la bienséance du jeu avec un arbitraire certain, cette forme supérieure de justice où la décision précède parfois la réflexion. Peu d’en-avant, mais un rythme dont l’énergie témoigne d’une jeunesse intemporelle.
Tout ballon se joue, car nous le ballon bien !
La victoire se prêtera finalement aux sans-couleurs, car l’histoire est toujours indulgente envers celui qui l’écrit. Et comme le jeu de passe aura fait la part belle à l’équipe du Trésor, chacun pourra refaire le match à sa manière, avec cette mémoire sélective qui fait les grandes légendes du rugby de pré comme de loin.
Thibaut, vêtu d’orange, tentera bien, avec son Olive, quelques sursauts de course, des échappées dignes des grandes heures de l’Ovalie. Mais hélas, rien n’y fera : le score ne consentira pas à remonter. Le Bardibulle sera en canne, notre Pinson également, et les jambes auront parfois des arguments que la volonté ne suffit plus à contredire.
Il faut dire que la sagesse du pré tient en un Maxime : « Rien ne sert de courir vite, il suffit de faire la passe à point. »
Le jeu aura ainsi rendu justice à toutes les morphologies. Le gros aura trouvé sa place autant que la gazelle, chacun apportant à l’édifice sa pierre, son souffle et son petit moment de gloire. Les ailes auront ouvert des couloirs, les jambes auront suivi, et les ballons auront circulé avec cette générosité qui fait les beaux jours du rugby des castors.
JB, ancien neuf, a retrouvé le bord du pré, le sage observe et joue à sa manière dans le lourd du statique empreint du mouvement immobile. La perception est dans le nerveux une action simulée. Le sympathique un ciment dans le lien. L’expérience crée l’avatar. Les castors sont sous bonne garde.
Puis viendra la douche, ultime frontière entre l’effort et le repos du guerrier. Tous au trou !

Eric la BARDEBAR, qu’y a-t-il de mieux dans le trou?
« Qu’y a-t-il de mieux dans le trou ? »
Le sage à l’insu du Barbare ne prête de réponse à la question mais bien le sens de la reformule et de la problématisation par d’autres questions.
« Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes ? Comme dirait Conan le Barbare propre à son âge hyborien. La vie est bien trop courte pour compter ses ennemis et trop longue pour boire seul. A chaque gorgée, j’en perds mon latin. Alors, mes castors, gardons nos forces pour les grandes causes, notre bon foie pour les parties de cochon et notre générosité pour la tournée suivante. Quelqu’un n’aurait pas apporté le jeu des petits cochons par hasard. Plus je bois de la papillon et plus de me sens d’humeur belligueuse. »
Les rues de Bègles et de Bordeaux retrouveront leur sérénité. La lune se cache, elle taquine pour un carton plein.
Car ce soir, une autre première attend les Castors : Rémi est de bouffe !
Le petit chipiron rouge
Seb avait remis le couvert, serti dans un tablier orange, il accompagnait Rémi, ceint d’un tablier rouge, dans ses devoirs culinaires.

Le petit anneau de Poulet

En attendant ceux de Musard, la nouvelle équipe du bar étaient déjà à l’œuvre pour étayer la soif des amateurs de belote. Poulet apprit ainsi à manipuler le petit anneau qui augure de la mousse, sous les conseils de Pioupiou. Car de mousse, il n’y avait point. Bière sans mousse n’a pas de goût dit un vieux diction celte. Et la mousse fut.
Le jambon était découpé, la table mise et Jacouille nous montra son art du rangement. Fini les cartons de bouteilles en désordre entassés sur les marches de l’escalier métallique ! Notre Jacouille veille, surveille, corrige, embellit.
JB et l’Amiral étaient de retour. Nous étions une bonne vingtaine malgré les vacances. Quelques nouvelles têtes bienvenues.
Les Décapodiformes sont de rigueur

Mitonner de petits chipirons, les faire revenir avec de l’ail, des oignons et des petits lardons, et vous avez une entrée de rêve. Pour rappel, les chipirons sont des Décapodiformes, un super-ordre de mollusques céphalopodes regroupant toutes les espèces présentant dix tentacules. Des chipirons comme un clin d’œil à notre Poulpe qui reviendra bientôt. Le Reindent était de circonstance ; une bonne cuvée ce 2024. Et tous de saucer, de saucer à en perdre la raison, comme dirait la chanson. De là à faire une rime approximative entre chipiron et raison, il y a un pas que les puristes de la versification ne feront pas.
Avant que le plat principal ne vint, Seb évoqua notre voyage d’avril en Belgique et pressa ceux qui n’avaient pas encore répondu de répondre. Le castor reprend la poudre d’escampette, et c’est bien. D’abord en terre wallonne.
Halloween en potimarrons gratinés
Comme la madeleine de Proust, il est des saveurs qui ne nourrissent pas seulement le corps, mais nous ramènent aux rivages oubliés de l’enfance. Pour Romain, point de madeleine trempée dans le thé, mais un potimarron farci à la carbonade et aux girolles. Une bouchée, et le temps suspend son vol, les souvenirs remontent, l’enfant reprend ses droits et le monde extérieur s’efface doucement. L’envol est une course sur du dur. La régression d’un imaginaire accessible. Clémentine, quand elle ferme les yeux pour nous emmener dans sa bulle bleue. C’est une chanson et un animé pour trompette. Pioupiou d’abord rétif se résigna et enfourcha lentement de petites bouchées.

Titi pensait à Mamie Zinzin, la reine du potimarron et écrasa une petite larme. Puis, il écouta Romain lui parlait de son amour des vieilles voitures.Car Romain tient son secret tient dans les papilles remplies. Ses souvenirs mécaniques ont le goût des bonnes choses où grandir n’est jamais qu’un vieillir en retape. Pour lui ça roule le partage en prime. Il vient ainsi de remettre à neuf une 4 CV. Il nous conta ses rallyes, ses tonneaux. Christophe et Hamilton ne perdaient pas un mot de l’échange. On évoqua les Facel Vega, les Bugatti et tutti quanti. En ce temps-là, les voitures avaient de l’allure.
Lancer d’assiettes et sœurs Tatin



Le lancer d’assiette fut expédié comme une lettre à la poste. Une salade de feuilles d’épinard suivit ainsi que de petits chèvres et du gouda délicatement posés sur un plat oblong aux contours arrondis. Un plat ovale en somme.
Enfin, une délicieuse tarte Tatin aux poires, la dive invention des sœurs Tatin. JB servit le café après que nous eûmes déserté la table. D’aucuns jouaient à la belote, d’autres aux fléchettes. Il y avait de la trompette sans Trompette hélas. Tautau, lui, s’acharnait à disposer le cadre d’une photographie de notre épisode bruxellois de 2004 et, à force de patience, y parvint. Les murs du trou se méritent !
Fin de soirée
Maxou et quelques velléitaires prolongèrent la belote jusqu’après minuit. Las, le Bardibulle finit bon dernier, son dix de cœur collé sur le front. Seb avait l’as, il est comme ça Seb ; l’as lui va bien.
Une nuit d’automne, frisquette. Hamilton et le Barde enfourchèrent leurs cycles. Maxou et Luigi fermèrent la lourde porte verte. Amélie avait déjà retrouvé ses poules. La suite au prochain numéro.