Par le Barde

Il est chou Chewbacca, quand le Tarlousain ne peut être de bouffe, il le supplée. Ainsi, au lieu de la chère saucisse de notre stadiste préféré, il nous ouvre aux saveurs orientales et régale nos palais. Car Chewbacca toujours à l’Orient fut fidèle ! Un bel alexandrin qui ne saurait se nicher dans un idéogramme hélas ; chaque langue a ses richesses. 

Quand la dynastie des Tang s’invite au trou 

Ainsi notre arpenteur de toiles, celui qui les ponctue de petits traits qui, patiemment assemblés, offre un monde à nul autre pareil, nous encanailla avec force mets de l’Asie éternelle. Le troisième ligne de l’US Léognan, l’invétéré marcheur, le promeneur solitaire nous combla, comme nous comble un soleil d’automne entre chien et loup. Comment ne pas évoquer ici ces deux vers de Hanshan, poète de la dynastie des Tang : 

« Qui peut se débarrasser des soucis du monde,

Et s’asseoir avec moi parmi les nuages blancs ? » 

Et le souper commença

Nous nous assîmes  donc autour de  Chewbacca. La nappe blanche était, recouverte, çà et là, de pensées dans leur langue d’origine, avec traduction. Il y avait aussi, sur chaque assiette, un billet de monnaie funéraire vietnamienne, avec pour inscription : NGÂN  HÀNG DIA PHÚ qui signifie « billet de l’au-delà » ou « banque du monde souterrain » en guise d’offrande aux ancêtres. Pépé prit des airs de Bertrand Blier dans Les tontons flingueurs, le tripatouilla de sa main droite et se rappela les douces senteurs du Mékong.

Et le souper commença. Comme de bien entendu, il y avait des bouteilles de Jean-Phi sur la table. Avant de porter à nos lèvres avides le divin breuvage, Chewbacca tint à citer un autre poète de la dynastie des Tang, l’incomparable Li Bai :

« Si vous saisissez la signification du vin,

Ne la révélez pas aux sobres gens. » 

Alors l’Asie s’ouvrit à nous

Alors l’Asie s’ouvrit à nous. Avec des rouleaux de printemps. JB se désespérait de ne pas tremper son nem dans la sauce et la sauce vint. Tremper son nem dans la sauce sans qu’il ne soit enrobé dans une feuille de salade et recouvert d’une feuille de menthe est une faute de goût. Mais Chewbacca avait pensé à tout. Ainsi JB trempa-t-il son nem comme il se doigt. Pépé appréciait, le Tcho itou, car il était là celui dont la chevelure éparse est le refuge des oiseaux. 

Vinrent quatre plats : riz cantonais, poulet au caramel, crevettes mêlées de légumes et nouilles asiatiques. Chewbacca décida de servir à l’assiette. 

Le lancer d’assiette fut sans bavures. Pas un bris ! Quel doigté ! D’ailleurs Titi battait la mesure du lancer avec une baguette. Il pensait à son Poulpe et voulait lui accorder un la langoureux.

Le Boléro de Trompette

Des dés de tomes de saint-Pierre puis une salade mêlant litchis, arbouses, mangues. Un must de fraîcheur. Vint alors le saké pour clore le repas. Chewbacca et le barde le burent cul sec. D’autres hésitèrent avant de céder au charme de cet alcool raffiné. Alors Trompette prit son instrument et nous gratifia d’un Boléro de Ravel pour bien marquer combien ce repas était allé crescendo. Et pour rester en terre basque, car Ravel est de Ciboure, il y alla de sa Peña Baiona. Le trou chantait. Tout au bout de la table, sis à côté du Prez d’antan, Toto essuya une larme.

On papota un peu, assis ou debout. Amélie rassembla quelques restes pour ses poules. JB servit le café. Quelques volutes s’échappèrent des doigts des fumeurs. On était bien. Pas de Passe-menthe, du saké, rien que du saké, cela va de soi, un saké aux fragrances délicates.

La Voie lactée de Chewbacca

Quelle douce nuit d’automne ! Le Bardibulle chantonna dans son véhicule. Seb fredonnait des airs de geisha en mimant une flûte de ses deux mains. Patrice était encore à ses airs d’opéra de la veille. Remontant vers la place Saint-Michel, souriant, Chewbacca se remémora ce vers de Li Bai : « Rendez-vous au loin dans la Voie lactée ! », et de jeter un œil complice et tendre vers la constellation des castors. 

Un Castor dans la mêlée vaut mieux que deux pandas au buffet

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