Par Bardibulle
Quand vient la fin de l’été, il est des traditions qui ne connaissent ni les années, ni les saisons, ni même les bonnes résolutions de rentrée. Il suffit que septembre pointe le bout de son nez pour que les castors retrouvent naturellement le chemin de chez la Fée.
Cette année encore, la rentrée avait donc rendez-vous avec les boules, une quille et cette douce folie qui accompagne nos retrouvailles.

Le chemin du pré a bien manqué. Le terrain, lui, n’avait rien perdu de son charme. Mi-goudron, mi-trou, mi-raisin, un mi de trop en somme pour faire un entier. Il offrait à chaque lancer une part d’inconnu, faisant de la pétanque un jeu du hasard où la plus belle des trajectoires pouvait finir sa course dans un trou improbable, tandis qu’une boule mal lancée devenait parfois, par la grâce d’un rebond miraculeux, un véritable chef-d’œuvre.


Avec et Sans la prépa de Juju!
Et dans ce théâtre quelque peu accidenté, notre Prezz avait décidé de faire parler les textes sacrés. Point de Boules sans prières. Accompagné de Bouscaillou et du Tarbais, il formait une triplette dont la réputation n’était plus à faire. Une équipe promise aux sommets, qui joue au ras des paquerette, une association de talents qui allait, partie après partie, faire résonner un chiffre désormais mythique dans les mémoires: treize. Les tirs d’Antho prince des collines, les plombés de Luigi ne pourront rien faire. Prezz rime avec Treize. « Pourquoi treize ? » susurre Bardibulle, « Pourquoi pas moi » s’exclama notre Perdigue. Nul ne le sait vraiment. Peut-être parce que Saint-Thomas voulait voir pour croire, et que le bouliste, lui, veut compter jusqu’à treize pour savoir. Ce n’est qu’un douze plus un. Une cène sans pain sans jus d’abricot. Treize, ce chiffre que certains redoutent et que nous autres Archiball recherchons comme le Graal. Car à la pétanque, la malchance ne s’arrête pas au treize: elle y forge un prezz.

Mais chez les castors le jeu se fait plus à XV, les règles sont parfois aussi mouvantes que les trajectoires des boules. Il fallait donc compter avec la fameuse règle du tir du bouchon, cette invention dont on ne sait plus très bien qui fut à l’origine, mais qui permettait désormais de transformer les boules restantes en précieux points. Saint Thomas l’a vu et ne l’a pas cru. Plus t’as de boules dans les mains plus tu marques des points. Une règle parfaitement limpide. L’annonce est belle et donne du talent à l’artiste. Le bouliste chez la fée garde en soi une technique de l’ovale un rebond un brin taquin et des piges qui assomment sans le vouloir. A ce propos pour empêcher l’amiral de faire le tour du monde, il suffit de le mettre dans un cerceau et le tour est joué!

Pendant que certains s’acharnaient sur le cochonnet, d’autres avaient déjà compris que la véritable victoire se jouerait ailleurs. En cuisine, notre éternel Piou, prônait bonne compagnie avec Melon sans Meleche. Il préparait patiemment les réjouissances. Et lorsque Pedro prit possession des platines, la soirée commença véritablement à prendre cette couleur particulière que nous aimons tant. La paëlla s’éleva, les conversations se croisèrent avec une marée de bon vivre si familier à ce plat d’Espagne. Elle arriva enfin, généreuse, parfumée et savoureuse comme elle se doit.



Pépé en berger, revenait de sa montagne, quelques jours en triplette entre Fayouze et Zinzin. Leur cochonnet un pic d’arrose. 22h00 passe, le fuseau horaire mérire un rappel, tu pointes se troque en « A Table ». Puis vint le moment où la parole appartient au Président. Notre Fée est magique, présente et absente à la fois. L’accueil dans la lignée se fera familial. Un brin d’alarme à l’occasion pour sonner le bon vin en dessert.
Notre Faye, bien installé dans les habits de la présidence, nous rappela que cette rentrée ne serait qu’un nouveau chapitre d’une saison déjà bien remplie. Des jeunes papas en annonce. Le rugby viendra lui nous retrouver à la fin septembre, puis le golf prendra le relais en octobre. Ainsi va la vie des Archiball: on range les boules pour mieux ressortir les ballons, on abandonne le cochonnet pour les clubs. Que dire de plus aux présents qu’ils ne sont pas absents. Chaque rencontre devint un défi. Même notre éternel intendant, notre omniprésent Jacquouille a fait une impasse pour cette reprise.
Et bien sûr, dans cette joyeuse assemblée, Titi ne pouvait rester silencieux. Notre pinson taquin avait retrouvé les boules avec cette légèreté qui le caractérise, toujours prêt à décocher une remarque, à provoquer un sourire ou à venir gentiment chatouiller ceux qui prenaient un peu trop au sérieux leurs exploits du jour.
La lumière commençait alors doucement à tomber sur le terrain. L’été, lui aussi, semblait comprendre qu’il était temps de tirer sa révérence. Les dernières boules furent lancées, les derniers points discutés avec cette mauvaise foi affectueuse qui fait tout le charme de nos rencontres, et le tournoi s’acheva dans cette douce confusion où plus personne ne savait vraiment qui avait gagné, mais où chacun savait qu’il avait passé une belle soirée.
Alors, lorsque le Barde et Hamilton vinrent poser les dernières notes de cette saison de boules, il ne resta bientôt plus sur le terrain que quelques traces de pas, quelques souvenirs de parties acharnées et cette impression familière que quelque chose venait de recommencer.