Par Zinzin et Bardibulle

Après un été en pointillé, fait de rendez-vous manqués, de fortes chaleurs et de parenthèses estivales, les pelotaris Archiball se sont enfin retrouvés hier soir à la Cancha. Comme un dernier souffle avant que l’été ne referme doucement ses portes, ils étaient venus célébrer ensemble cette saison faite de parties légères et d’agapes bienfaitrices.

Il manquait toutefois à l’appel notre sultan Haroun El Fayouze, mi bud, mi spencer, notre majesté Fayouze retenu dans les Landes auprès de sa famille, à laquelle il dispensait ses précieux conseils et un repos bien mérité après avoir lui-même passé un été sur les charbons.

Bardibule, le Tarbais, Pergigue et notre El Guano, avaient pris en main l’organisation du tournoi, le fameux Trophée Kikicup.  Ce rendez-vous désormais incontournable qui vient clore la saison estivale avec autant de sérieux que d’espièglerie en un esprit de grognardise. Certains murmures laissaient entendre que, dans l’ombre, Iznogoud et Dilat Larath avaient peut-être ourdi quelque complot savamment mijoté, espérant bien, une fois encore, devenir calife à la place du calife. Le décompte tient à une virgule près, la décimale donnera raison à la constance d’un mousquetaire. Con se le dise.

Malgré l’absence, excusée mais regrettée, de leurs compères arcachonnais, les nombreuses parties se succédèrent selon le protocole savamment élaboré par Perdigue.  Les trinquets se suivent et ne ressemblent pas. Chaque arène découvrait de nouvelles équipes. Le hasard est un binôme qui s’ignore. 1052 points au total, traduit en rebond cela fait beaucoup. Pas de blessé hormis un genou récalcitrant. Notre juge n’était que le temps. Point de A table de notre Pépé, mais bien notre TauTau, el Guano pour les intimes qui clôturera en maitre du temps nos actions. L’horloge, implacable maîtresse de nos joutes sportives, rythmait nos batailles et rappelait doucement aux plus enthousiastes que le temps, lui, ne prend jamais de congé. Douche et rafraichissement, point de course sans pression !

Puis vint le moment tant attendu de la remise des trophées, instant grave où, comme souvent chez les pelotaris, le solennel ne résiste jamais très longtemps à la canaillerie.

Le premier trophée fut remis à Thérèse qui, pour l’occasion, avait revêtu ses plus beaux atours. Il venait saluer, avec affection et reconnaissance, sa patience tout au long de ces mardis estivaux ponctués d’absences impromptues et de mystérieuses disparitions.

Une sobriété inhabituelle régna alors parmi les pelotaris présents. Était-ce l’absence de Pioupiou qui expliquait cette retenue ? Toujours est-il que personne ne se risqua à entonner la célèbre chanson internationale portant le prénom de l’impétrante.

Le second trophée, en l’absence de notre Dudu national, échut, à sa plus grande surprise, à Zinzin, qui ne tarda pas à aller partager son émotion et sa confidence auprès de Thérèse.

Yann, malgré des talents d’influenceur jusqu’alors insoupçonnés, ne parvint pas à renouveler l’exploit qui avait marqué la première édition. Quant à Pierrick, il reçut un trophée venant récompenser, avec une certaine élégance, l’un des fidèles pratiquants du vendredi.

Enfin, la Kikicup, récemment doté d’un lifting impressionnant grâce aux mains expertes de Mozart, revint à Bardibulle. Une victoire qui ne manqua pas de faire bruisser quelques couloirs, certains s’interrogeant encore sur les subtilités des calculs effectués par Toto, toujours aux prises avec sa mystérieuse cinquième aile. L’excel ne ment pas comme les chiffres, le challenge était bien serré. Seulement 0,2 point sépare les deux premiers.

La soirée se poursuivit ensuite à la brasserie de l’Alouette, sans les boulistes, dont les vélos ne semblaient manifestement pas disposer de l’autonomie nécessaire pour prolonger l’aventure.

À la table du Codir, où s’étaient réunis les organisateurs, on refaisait le monde et l’on codifiait déjà l’avenir. Plus loin, à la table du fond, l’ambiance se faisait plus festive et révélait les talents œnophiles insoupçonnés de plusieurs pelotaris. Il faut dire qu’en l’absence de notre Saby de la rive droite, chacun semblait avoir à cœur de démontrer ses compétences particulières en matière de grands crus et de flacons bien choisis.

Vincent prit les choses en main et organisa la dégustation avec un sens du détail qui force le respect, allant chercher un grand bac à glaçons afin de rafraîchir les précieuses bouteilles sorties des réserves personnelles de chacun. Il régala notamment les amateurs de morue d’un Muscat blanc à petits grains venu des vignobles narbonnais.

Garcimore, quant à lui, se révéla être un sommelier de grand talent, capable de parler du vin avec cette assurance tranquille de ceux qui semblent toujours savoir ce qu’ils ont dans leur verre.

Rémi, arrivé juste à temps pour la photo, évoqua ses relations avec un viticulteur de la région, héritier d’un domaine ayant autrefois appartenu à un ancien pape du Sud-Ouest. Il en profita également pour enrichir son plan de charge en matière de climatisation, après un été qui avait mis à rude épreuve notre capacité collective à résister aux chaleurs presque équatoriales que nous avions traversées.

Thibaut, toujours curieux des connaissances de ses partenaires, révéla comment ses jeux d’enfants lui avaient permis de passer du jeu de billes à celui de fournisseur de certains gilets jaunes. Laurent, pour une fois débarrassé de son appendice sonore, évoqua quant à lui les escapades musicales de ses compagnons de partitions.

Et puis, quelque part au-dessus de cette joyeuse assemblée, du haut de son nuage, notre Kiki veillait.

Il voyait les sourires, entendait sans doute les éclats de rire et regardait se mêler dans la douceur de la nuit les volutes des cigares venus de Belgique et du Honduras, que quelques amateurs avaient sortis de leurs étuis pour honorer celui qui, à sa manière, continuait de réunir tout ce petit monde. Point de rosée matinale, mais du rosé vespéral.

Ainsi s’achevait une soirée comme seuls les castors aiment et savent en inventer: faite de sport, de souvenirs, de plaisanteries, de bons verres et d’amitié. Une soirée où, derrière les trophées et les classements, chacun savait bien que l’essentiel était ailleurs : dans cette force tranquille née d’une victoire aussi incontestable qu’éclatante de notre Bardibulle qui, en toute humilité relative, laissera à l’Histoire le soin de rappeler, à maintes reprises, l’exceptionnelle portée de son exploit.

Kiki, quant à lui, savourait tous ces instants à sa manière. Les volutes de son cigare semblaient n’avoir pas leur pareil pour graver dans l’air le plaisir simple d’une victoire sans faille. Le plaisir et la chaleur de se retrouver, une fois encore, autour de la Cancha. Tous ces instants entre castors où demeure, l’essentiel: notre esprit Kiki.

Nos montagnes ont du talent mais pas assez pour trouver la bonne arène.

Archiball Bordeaux depuis 1969