Par le Barde et Bardibulle

Un entraînement de plus. Un de ceux que l’on n’avait pas prévu.
La canicule nous avait volé quelques rendez-vous, alors il fallait bien offrir à cette saison un dernier chapitre, une dernière page à écrire. Sans compter nos amis de la morue. Un rendez-vous de juillet inhabituel pour les castors qui changent l’ovale pour du rond en pointe et en rebond. Juju du coup a lâché son carnet et ses statistiques pour prolonger ce qui fait l’essence des Castors: le plaisir simple d’être là.
C’est donc bien une histoire de castors qui se croisent. Les anciens transmettent l’ovale. Les plus jeunes apprennent sans même s’en rendre compte. Thibaud pouponne à défaut de nouvelle prise du trou. Luigi est sur le pré. il consolide ses genoux. Le transgénérationnel devient intergénérationnel, et l’on ne sait plus très bien qui enseigne à qui. Ballon après ballon, les courses et les passes changent de camps, le plaisir du jeu n’a pas son pareil pour prêter à l’esprit des cannes éternelles.
Le terrain n’est plus seulement un synthétique moderne mais bien un lieu où le temps ralentit. Les familles de Ricou et de Bardibulle se sont pour le soir installés au bord et sur le terrain. La jeunesse est un don, l’expérience est l’affaire du temps. Entre les deux circule le ballon, humble prétexte à une autre transmission plus profonde. L’ovale tient toujours son prévisible rebond trompeur. Il faut en avoir fait tomber pour savoir où le jeu peut se prêter. Chaque passe raconte qu’avant de devenir celui qui transmet, chacun a été celui qui recevait.
Le rugby n’est jamais une aventure en solitaire. Il est le fruit d’un combat en partage. Il tient d’un ballon qui a circulé ou qui est resté coffré, d’un clin d’oeil entre deux souffles quand les courses sont trop longues. Et puis Mozart, chez lui, le rugby est une partition. Il ne transmet pas seulement un ballon ; il transmet une manière de jouer, de regarder, de comprendre. Son tempo tient du vieux neuf, il n’est plus seulement celui d’une passe ou d’un soutien. Il devient celui d’une transmission qui passe de la seconde à plusieurs générations. Sa seconde reste toujours une première sur le terrain.Il ne fera pas de sautées à son habitude, il transmettra où le jeu se prête et il se glissera dans un jeu rapide avec ses petits fils. Bref, 3 générations pour garder la même ligne!

C’est peut-être cela, le sublime : ces instants si simples dont on ne mesure la valeur qu’au moment où ils s’éloignent. Et pendant ce temps-là, Boki avait décidé d’installer son campement dans les bases arrières. Il y campe comme d’autres occupent une forteresse. Il possède quelque chose du poulpe : des tentacules invisibles qui viennent aspirer chaque interception. Le ballon semble lui appartenir avant même qu’il ne soit lancé. Mais il possède aussi un petit quelque chose de Titi, version Camping Paradise: toujours là où on ne l’attend pas, prêt à accueillir le ballon comme Boki accueille les copains autour d’un barbecue. Chez les castors, il y a toujours un Jean-phi sur le coup en rattrape. Cela résume le devenir du revenir, saison après saison.

Notre Pinson continue d’habiter les intervalles avec cette logique que personne n’a encore réussi à comprendre. En défense, est-il en avance ? En retard ? Ou simplement déjà dans l’action suivante ? Nul ne peut vraiment le dire. C’est peut-être là son secret: il joue dans un fuseau horaire qui n’appartient qu’à lui.
Le trésor est en bourre, avalant les mètres avec l’enthousiasme de ceux qui ne comptent plus les saisons. Juju, lui, reste fidèle à sa tour de contrôle. Il voit avant les autres. Il annonce les trajectoires. Il régule le trafic aérien des ballons avec un calme presque suspect. Privilège des secondes lignes en 3 quarts.
Les essais du soir se sont donc multipliés et continués presque à regret, comme si chacun espérait secrètement que le soleil oublie de se coucher. Et que l’appel du dernier essai soit en boucle. Le ciel tient pourtant une vie en rose dans son bleu d’été. Mon olive tentera de garder la lumière du jour par une montée en touche exceptionnelle entre les barres. C’est là où le léger tient du lourd.


Le soleil s’efface doucement derrière les arbres du pré. Les conversations s’étirent comme les ombres, personne ne semble vraiment pressé de rentrer. Ce soir c’est Fayou qui réceptionne avec Terras Neuvas en prime.
Montean ne saurait mentir
Montean ne saurait mentir. C’est ainsi que le Bardibulle pénétra dans le trou suivi, à la queue-leu-leu, par sa progéniture. Trompette aurait pu célébrer cette suite familiale, mais Trompette n’était pas encore là.

Gloire aux Escassut !

C’était la dernière de la saison, la dernière bouffe. Flo avait réservé des côtes de bœuf dans ses chères Landes. Et les Escassut étaient en cuisine. Loués soient-ils ! Ils sont le Très-Haut du trou ! Et Trompette d’entonner le prélude du Te Deum de Charpentier. Le trou vaut bien une messe, le trou est un monde. Gloire au trou au plus haut des cieux. Gloire aux Escassut !
Quand Léognan se retrouve
Chewbacca avait convié un ancien centre de l’US Léognan, Stéphane Malbeau. En sorte que JB, Chewbacca et Stéphane se tinrent l’un près de l’autre pour égrener leurs souvenirs, sous l’oeil pensif de Bernard P.

Pépé était là malgré son épaule défaillante, arborant une chemisette de saison aux motifs hawaïens. Il est plus yogi que jamais notre Pépé, ce qui n’échappa pas à Tic accompagné de son Tac (ça rime avec Sapiac).

Et que dire d’Amélie dont la hauteur de vue, la distance et le bon sens rayonnaient sur chacun d’entre nous, coupant court à la moindre amorce de chamaillerie, devant les yeux énamourés de son Croucrou. Qui dira la grandeur des plâtriers célestes !

Un menu d’été
L’ordinaire de l’été en entrée : des dés de melon parsemé de lamelles de jambon cru. Il ne sert à rien de chercher midi à quatorze heures le temps d’un dîner. Puis, des côtes de bœuf servies avec des frites dans de grands saladiers blancs, par Flo lui-m’aime. Le Sabit en carafe ou en bouteilles allait de soi. Les côtes étaient garnies d’échalotes. Tout au bout, la jeune génération se régalait. Maxence, Luigi, Boki, Rémi, et les petits du Bardibulle. Kiki aurait aimé ce souper de fin de saison. Guitou itou. Leur ombre douce nimbait le trou.


Le lancer d’assiettes fut à quatre mains : Flo et le Bardibulle. Il toucha à la perfection. Il ne manquait que notre tendre Poulpe, notre ancien Prez, Perdigue et Seb pour célébrer ce récital.



Fromages puis salade de fruits. Trompette aurait pu jouer l’air éponyme. Et JB servit le café. Pas de belote de comptoir ni de fléchettes sauf pour les trois petits du Bardibulle. Tous de papoter ça et là. Et Trompette de ponctuer nos échanges par une petite fleur ou un air de variété avant que de faire un bœuf. Les invités de la fête de la morue apprécièrent.

Et Flo de suivre les conseils de notre Yogi de Pépé :


Place à l’été, aux boules et à la pala
Place à la pala et à la pétanque dès mardi prochain. Et oui, l’été, le mercredi se change en mardi chez les Archi. Pétanque aux Quinconces et Pala à la Cancha de Pessac. Et le 25 août, tous de se retrouver pour mêler nos jeux d’été. Puis, ce sera la pétanque de rentrée chez la Fée. Elle est belle la vie Archi.
Trompette brille sur le pré comme dans le trou. Il troque ses crampons pour une trompette. Le soir sera bercé par« Petite Fleur » de Sidney Bechet, une merveille pour accompagner l’esprit des Castors. Il y a dans cette mélodie quelque chose de très proche de notre plaisir: une nostalgie heureuse où l’on savoure le temps.
Notre Barde sur cet air magique, compose les notes en paroles, il n’a pas son pareil dès qu’il grimpe sur sa bicyclette. Les lumières de Bordeaux by night sont pour lui des muses en parade.
Petite fleur à la trompette ne se joue que le verre vide, con se le dise…
« Petit Trou, au creux du pré,
Tu gardes les rires des étés.
On y revient sans faire de bruit,
Comme on retrouve un vieil ami.
Les ballons y dessinent des histoires,
Les anciens y sèment leur mémoire.
Les plus jeunes ramassent ces instants
Et les font grandir avec le temps.
Quand le soleil se couche en douceur,
Que le ciel se colore de bonheur,
On comprend que les plus beaux détours
Nous ramènent toujours… au bonheur du Trou. »
Bon été mes Castors.