Par Bardibulle et Tac ou Tic (on ne sait jamais)
Première rencontre des Wallabric. Une équipe hétéroclite comme une salle de garde après minuit : du médical, de l’extra, du soignant, du cognant. Un ciment parfait pour monter un mur défensif. Un mur de BRIC. Une drôle de colle humaine faite pour bloquer les initiatives de nos castors dans leur préparation sportive et rugbystique. Au fait, il n’y a pas que la morue dans la vie il y a le rugby!

Trois tiers-temps de vingt minutes. Format court pour organismes longs à chauffer. Mais dès les premières collisions, le jeu prit cette odeur particulière des matchs qui comptent. Le pourquoi tient du caractère de celui qui mène et de celui du groupe. Point de pareil comme adjuvant : la sueur, le synthétique chauffé par les crampons et le ploc sourd et lourd d’une fabrique dans l’impact. Le brin d’herbe armé donne de l’engagement à chaque ploc. Oui Mon Adjuvant ! Les castors dans la mêlée perdent le sens du grade point de râle, la tête est en bas, il faut que le mur d’en face tombe ! Rémi sur le bord propose de creuser un tunnel, ou de passer par-dessus. Bref, deux défenses en attaque ça use les souliers ! La défense cogne et se prête aux ecchymoses. Ils assomment et ils soignent. Principe fondamental de toute équipe de médecins en herbe.
Notre Doc, lui, surfe les vagues. Le psy flotte parfois entre deux regroupements comme un homme qui aurait trouvé dans le rugby une thérapie plus honnête que les mots. Il se morfond comme d’autres castors en mode avatar dans l’attente d’une répare.

Julien menait l’affaire. Meneur, joueur, coach. Un trio Esperanza à lui seul. Un vase de jade posé dans une base de jazz. Chez lui, la parole tient du commandement et du théâtre de rue. Sa technique dépassait le rugby : il parlait en se touchant la bite comme d’autres déplacent des pions sur un tableau tactique. Car point de mots sans passion, et point d’union sans solide. Les mots du meneur: « Le jeu sera dur, nous sommes durs ! » Même le vulgaire devenait philosophie. Il a su éteindre la lumière à sa manière parce qu’en face ça jouait juste. Ça défendait dur. Très dur.

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Les Wallabric avaient bâti un mur. Un vrai mur de service d’urgence : compact, mobile, habitué aux chocs. Et prendre le trou entre les centres relevait moins de la tactique que du hasard céleste. Derrière, la seconde ligne n’avait pas son pareil pour éteindre les ampoules humaines.
Le “ploc” du soir se fera sur Maxence. Un vrai bruit de chantier naval. Entouré immédiatement de son fan-club médical, il bénéficia d’un protocole “commotion”, version bord de terrain : trois regards inquiets, deux diagnostics contradictoires et un type demandant déjà :
“Les gars, Ça serait bien qu’il retourne chez les siens…”

Test n°1 : Le retour au camp
Premier indicateur neurologique fiable : vérifier que le joueur retourne spontanément dans son propre camp.
Si le type célèbre un essai avec les adversaires ou demande une bière au kiné d’en face, surveillance renforcée.
Test n°2 : La reconnaissance du cuistot
On présente le cuistot.
Si le joueur répond :
« lui c’est notre piou »
ou mieux :
« c’est piou piou et son père Abraham ? » tout va bien!
commotion probable si il dit « piou piou piou un piou c’est tout ! »
Si il se prend pour Piou Commotion Certaine !
Test n°3 : L’échelle du ploc
Le joueur doit évaluer le bruit entendu lors du choc :
- “petit ploc” : reprise possible
- “gros ploc” : glaçons
- Pas de ploc , pas de lumière mais un petit air de Aya Nakamura qui fait le doigt et qui trotte dans la tête. Tout va bien
Quand tu vas te faire soigner dans le camp adverse, c’est surtout que le mur d’en face a été sacrément solide. Reposé après le coup. Tête dure. Corps fidèle. Maxence a réussi le test, il est positif partout !

Premier tiers à l’avantage des BRIC. Ils avançaient comme une vieille machine agricole : lentement peut-être, mais sans jamais reculer. Il a fallu du temps pour trouver les failles. Tout se jouait dans la ligne défensive. Des deux côtés ça plaque, ça ferme, ça monte vite. Les castors font barrage. Les impacts étaient une langue commune. Ils franchiront malgré le caractère deux fois la ligne.
Une fois que le trou est pris le trou est pris répétait Saint Thomas, le bras en coquille. L’évidence avec les loups.
Les deux autres tiers temps ont montré du caractère.Pourtant le match refusait de choisir son camp. L’équilibre viendra à la dernière seconde de la dernière minute de la dernière heure de jeu. Un instant suspendu où même les anciens oublient leurs douleurs et où les jeunes comprennent pourquoi les vieux reviennent encore jouer. Un scénario à l’américaine.
Fayou contemplatif. Il ne sait que trop en gardien du temple, le chemin parcouru! « Un match nul pour les castors est une petite victoire. », Le score est un détail, et le castor est de taille.
Parlant d’anciens, Zinzin tenait la montre. La jeunesse elle proche du sifflet. Arbitrage à la Titi notre pinson : impartial, approximatif parfois, mais toujours poétique. Il sifflait dans le juste comme un homme qui préfère le mouvement au règlement. Technique en distanciel et en marche. On ne savait jamais s’il comptait les minutes ou les oiseaux dans les arbres, mais le respect restait total car le jeu se faisait dans le libre. Le Barde aurait sifflé des vers en sonnet.
Sur la ligne escassussienne, Lapimpine soutenait l’ouvrage. Max présidait Lacanau comme un notable du bord de mer venu rappeler que le rugby se joue aussi avec les marées. Les Archiball étaient partout : Luigi, David, Anthony… durs à l’avancée, durs au sol, durs en solide en somme. Les mots d’équipe tournaient autour du même principe : faire du rond pour remettre du carré. Philosophie obscure mais terriblement efficace.
Le Tarbais ouvrait les portes. Patrice les refermait. En mêlée, le neuf sautait volontairement. Rien de tel pour pêcher les annonces adverses et transformer la confusion en renseignement militaire.

Au final : trois essais à trois.
Aucune transformation. Parce que certains matchs refusent d’être déformés. Parce que le jeu valait sa chandelle sans avoir besoin de chiffres supplémentaires.
Les internes, les rhumatologues et les vieux os sont repartis ensemble. Personne n’a gagné réellement. Personne n’a perdu non plus. Et rien de mieux que la cabosse pour fabriquer du lien. Un couloir pour la gloire, le temps est cher quans le combat est rude.

Au trou c’est Piou, Jacquouille et chewbacca qui nous régalent. Une remise à neuf du trou pour affirmer que le repas ne commence jamais vraiment à table.
Il naît bien avant, dans l’odeur tiède de la cuisine du trou, le sabite en ouverture, dans les mains qui tranchent le pain et dans les voix qui montent avant même que les chaises grincent. Elle se fabrique dans l’ombre des cuisines, dans les bras qui portent les tables, dans les allers-retours silencieux de ceux qu’on voit peu mais sans qui rien ne tiendrait debout.
Avec Piou, il n’y a pas seulement un repas. Il y a cette alchimie discrète du discret qui sait recevoir comme on ouvre un refuge. Une manière de transformer une salle ordinaire en territoire partagé. Les assiettes débordent, les voix montent, les odeurs se mélangent, et chacun finit par trouver sa place sans qu’on ait besoin de lui montrer.
L’œuf de la morue arrive d’abord, noyé sous une mayonnaise épaisse comme un secret de famille. Une cuisine de bord de route et de refuge, celle qui ne cherche pas l’élégance mais la fidélité aux ventres fatigués. Jacquouille compte, la retraite laisse du temps pour les détails, 4 par personnes divisés par deux et multipliés par le nombre assis, assis contre un, bref, il y aura du rabe.
La charcutaille faite maison débarque ensuite en ordre dispersé. Terrines rugueuses, morceaux taillés à la lame, délice un peu sauvage, cornichons nerveux qui claquent sous la dent comme des petites insolences vertes. Une cuisine qui se rappelle aux hivers.
Puis viennent les pâtes. Simples. Immenses. Consolatrices. Celles qui réconcilient les adultes avec les gosses qu’ils ont abandonnés quelque part entre deux responsabilités. Chaque assiette devient une permission de redevenir castor quelques minutes, heureux sans raison, l’effet ratatouille pour les buralistes, et madeleine de Proust en prime. Piou est un magicien dans son lard.
Le rôti confit apparaît presque religieusement. Cochon la case ! La viande se défait sous la fourchette comme si elle renonçait d’elle-même au combat. Autour, les conversations ralentissent, les regards se lèvent moins. Il y a dans ce plat-là quelque chose d’ancien, de paysan et de sacré, capable de faire croire aux seins, aux miracles et aux lendemains plus doux.
Les fromages arrivent alors comme des candidats à un improbable présidentiel de campagne. Chacun défend son territoire, son odeur, sa pâte et sa vérité. On débat ferme, Qui reveut du Sabite? point de blanc sans rouge. Dans une démocratie de comptoir où le seul suffrage valable reste celui d’un 69-3 bien trempé, la parole sera présidentielle, nos hôtes méritent discours.
Et puis vient le gâteau basque. Lourd, tendre, beurré comme une fin d’été.
Il pose sur la table un silence de satisfaction, cette minute rare où même les grandes gueules cessent de parler pour simplement mâcher le bonheur.
Alors la nuit peut entrer. Elle glisse doucement sur les épaules fatiguées, et aux vapeurs du trou. Les accroches font des cicatrices invisibles si distantes de nos batailles ordinaires. Leurs vertus sont de délier les langues, la menthe pastillée n’a pas son pareil dans le projet. Les verres tintent encore, comme si cela n’avait pas assez sonné sur le pré et dans cette lumière du trou, chacun répare discrètement quelque chose de lui-même.
Il paraît que les vieux castors savent reconnaître les tempêtes avant les autres.
Notre Poulpe les traversent en ce moment, avec cette manière bien à lui de faire discret. On ne change pas le céphalopode même quand les vagues cognent.
Alors oui, lundi, il y aura encore des blouses, sur un autre pré cette fois-ci. Mais ils ignorent probablement une chose essentielle : un poulpe, ça plaque dure et ça s’accroche partout. Ça plie, ça ruse, ça disparaît dans l’encre quand il faut, et ça revient toujours. Force à toi, mon Poulpo.