Par le Barde et Bardibulle
Premier mercredi de juin. Le soir descend doucement sur le pré. Le soleil hésite encore entre la caresse et la morsure, tandis que les Castors se divisent selon les grands rites de saison : certains glissent déjà dans les eaux chlorées pour préparer la Morue, peau salée avant l’heure, quand d’autres foulent le pré avec cette élégance approximative propre au toucher du mercredi soir.
Dudu travaille son body summer, ses rotations sont un appel à l’inspiration. Son sens est dans le pré. Les anciens transmettent aux plus jeunes ce langage discret fait de passes qui voyagent plus vite que les mots et de courses folles.
A propos point trop de mots, juste un rappel du toucher qui ne se compte pas du bout des ongles.
Le Tarbais, lui, demeure fidèle à sa légende. Une constance admirable dans sa prise de trou ; à croire qu’il lit les failles du terrain comme d’autres lisent les lignes de la main. On pourrait presque penser qu’il évite les défenseurs par politesse.
Jean-Phi, de son côté, perpétue un art plus frontal. Ses décalages surgissent sans prévenir, ses tampons non plus. Chez lui, les nez semblent moins être des appendices que des objectifs tactiques. Thibaud en fera les frais dans un bruit mat, entre le choc et la révélation médicale. Disons simplement que son visage n’est pas resté tout à fait insensible à la rencontre.
Le score se fera au profit du dernier marqueur. 1 nez sait pour Jean Phi des essais pour les autres. Le jeu dans l’équilibre réclame dans l’ultime sa bascule.
La douche, direction le trou, ce soir c’est El GUANO qui se décarcasse.

Un Géocoucou chez les castors
Tomtom régalait. Je me souviens du temps où on l’appelait Bip Bip. Pour les plus jeunes d’entre nous, c’est un personnage de la série de bande dessinée Bip Bip et Coyotte créée en 1948 par Chuck Jones. Bip Bip est inspiré du Grand Géocoucou (Geococcyx californius), un oiseau coureur nord-américain.

Ne trouvez-vous pas qu’il y a un air de ressemblance ? Cela saute aux yeux, n’est-ce pas. Ce visage décidé, cette rage, cette manière d’aller plus vite que son ombre.
Les tapas de Bip Bip



Donc, notre Géocoucou régalait à trois jours des fêtes de la morue. Un bayonnais aux manettes, cela ne peut faire que de belles étincelles. Étincelles qui s’exprimèrent d’abord sous la forme de tapas. Il y en avait pour tous les goûts : tortilla de patatas (hélas sans le vieux quatre pour chanter les nobles tubercules), toasts de jambon cru surmontés de tomates cerises coupées en deux, toasts à base de sardines, pintxo à base de macédoine de légumes, de surimi et de piment d’Espelette, entrelacés dans une mayonnaise… Rien de tel en guise d’amuse-gueules.
La tablée était bien garnie pour recevoir ces dons. Une petite quarantaine. Le grand Tom était là, accueilli tendrement par Pépé, fier comme Artaban avec la montée du Racing Club Narbonnais en pro D2 ; les grands clubs ne meurent jamais. Il est bon que celui où officièrent les frères Spanghero, Jo Maso, François Sangali, Didier Codorniou et le grand Tom, taquine l’élite.


Amélie aussi était là, malgré ses calculs récalcitrants. « Les belles actions cachées sont les plus estimables » écrivait Blaise Pascal qui s’y connaissait en calculs. Joie encore d’avoir l’Amiral, la Fée, Bernard accompagné de son petit, et Alain Fajolles. Et le douanier. Tomtom avait presque fait le plein. Notre Géocoucou a du charisme.
La touche Tex mex de Tomtom

Puis, pour donner une touche tex-mex, des tortillas de farine de maïs pliées, plus communément appelées fajitas. Pour les garnir : de la viande de porc émincée, des lamelles d’avocats, des poivrons frits. D’aucuns les saisissaient à la main, d’autres avec une fourchette et un couteau. Tout est affaire d’habitus comme dirait le Bardibulle. D’une tortilla l’autre, nous étions comblés. Il faut savoir explorer les variétés d’un même mot. La polysémie a d’incontestables accointances culinaires.
Bipbip au lancer



Tomtom a aussi de la main, on le sait. N’est-il pas notre icône à la pala. Reste que les récipiendaires furent assez maladroits. En somme, il y eut de la casse. Sauf lorsqu’il prit des fajitas en guise d’assiettes. Au grand dam de Jacouille qui, pourtant, resta de marbre. Il fait sienne cette pensée de Lao-Tseu : « L’échec est le fondement de la réussite. »
En dessert, un merveilleux gâteau au chocolat, fondant à souhait, que le Prez dégusta, fermant les yeux de plaisir, comme un enfant. Et de dire à Olivier, son voisin médoquin : « Je suis resté petit, mais j’ai grandi. » Et de jeter un regard tendre vers son Tomtom qui trônait tout au bout de la table.
Fin de partie


Il y eut une partie de fléchettes. Seb et Patrice excellèrent. Pas le barde qui progresse lentement, patiemment. La vie est affaire de petits pas. Luigi chantonnait. Juju sirotait son passe-menthe. La soirée se poursuivait en douceur.
La nuit tutoyait la pluie. Quelques gouttes à peine. Une nuit de juin un tantinet frisquette. Le Poulpe dormait peut-être. Il nous manque notre tendre Poulpe. Les beaux jours reviendront.