Par le Barde et Bardibulle

Sous les derniers éclats d’un soleil de Mai, l’entraînement des Castors prenait des allures de légende ancienne, quelque part entre le rite initiatique et l’épopée moderne. Entre le tactique réfléchi et une chevauchée sauvage, il n’y a qu’un neuf pour faire quinze. Le terrain, foulé par tant de castors, semblait attendre son heure. Les voix montaient, sans les lalas du sacré Lolo, et les ballons traçaient leurs trajectoires comme des prophéties en mal de pythie.
Au cœur de cette assemblée se dressaient Le Prezz et Titouan, père et fils, duo sacré forgé dans le jeu et dans une étrange transmission des savoirs castoriens. Une Jauzion douce que me chantait ma maman… Marqueurs du soir, joueurs du destin, ils avançaient côte à côte tels deux générations liées par une même foi ovale. Le père guidait, le fils surgissait, et à les voir jouer on aurait cru lire une parabole moderne.
David, lui, avait encore vu le Graal lui échapper. À un essai près seulement. Un souffle. Une poignée d’herbe entre les doigts et le destin qui tourne la tête au dernier instant. Les anciens disent qu’il l’approche chaque semaine davantage, comme un chevalier qui finirait un jour par saisir sa coupe. Il était bien venu pour plaquer notre castor casqué.
Patrice, lui, possédait ce don étrange : l’interprétation et l’interception semblaient chez lui appartenir à la même famille. Il lisait les trajectoires comme d’autres lisent les poèmes. Sous l’enseignement d’un Bardibulle aux abois, il apprenait désormais à compter les pieds à défaut de compter les hémistiches, avec une rigueur toute personnelle dont lui seul semblait connaître les règles.
Et dans ce tumulte organisé, le jeu demeurait alerte, vivant, vibrant, porté par le Trésor solidement installé au pilier, gardien silencieux d’un royaume où les Castors continuaient, soir après soir, à écrire de belles traversées.
Les Olds de Cénac n’étant plus d’attaque, Simon accomplit ses devoirs sans coups férir, avec la complicité de Maxence. C’est un zélé notre Simon. Son prénom lui va comme un gant. N’appelait-on pas l’apôtre éponyme ha-Qana’i le zélé, ou plus communément le zélote. Cet impromptu calendaire fut, sans doute, la raison, du petit nombre de convives. Encore que comme dirait Perdigue, puisque nous étions une quinzaine. Il est vrai qu’Arnaud avait ramené de jeunes pousses autour de Titouan. Le trou était printanier.
Chewbacca, fidèle à ses us, avait découpé le jambon en fines lamelles. La table était mise et bien mise.
Eté et saucisses font la paire

L’entrée fut estivale, classique et parfaite. Tomates, mozzarella, avocats et un brin d’exotisme avec de la mangue. Le tout parfumé de menthe. Il y avait aussi du pâté en croûte. Un mélange des genres bienvenu. « L’unisson est la qualité du tout ennuyeux » écrivait Montaigne.
Puis ce furent des saucisses. 2026 est une année à saucisses, qu’elles soient de Toulouse ou pas. Celles de ce mercredi ne l’étaient pas. En accompagnement, une purée, une authentique purée, qui combla Amélie, Amélie qui reprend vie avec ses cinq poules. Le Bardibulle aussi cultive l’art des poules du côté de La Brède. Tout au bout, serein, zen, Simon trônait entouré de Maxence, cela va de soi.
Et Jacouille fit un flop



Rien à dire sur le lancer d’assiettes. Pas un seul éclat ne joncha le sol. Simon a une bonne main. Jacouille roucoulait avant de tenter l’air des chiens de sa progéniture. Il fit un flop. Les amours canines ne lui réussissent pas.
Fromages divers, secs ou coulant, avant un dessert où baies et framboises taquinaient une pâte relevant du crépiau, le tout surmonté de Chantilly. Un régal.
Fin de soirée
Pas de fléchettes, place à la belote de comptoir. Et c’est Seb qui l’emporta. L’ex Prez n’avait que de mauvaises mains. Titi après une baraque magistrale s’essouffla. Quant à Flo, royal, présidentiel, impérial, souverain, il méditait sur le sofa.
Une belle nuit d’été nous accueillit. Jacouille jeta un tendre regard au mince et délicat croissant de lune qui paraphait le ciel. Le barde repartit seul sur son cycle rouge, son alter ego étant sur la côte que l’on dit d’Azur. Simon le zélote rejoignit ses pénates en bon apôtre, fier du devoir accompli.
