Par le Bardibulle

Dehors la météo est plus que chafouin. Sur le trou il pleut plus que de raisons et il faudra une folie douce pour s’affranchir d’une réserve certaine pour aller courir. L’alerte est dans l’orange. Ils seront sept castors à faire un pied de nez au vent qui tourne. Luigi découvre les joies des en-avants qui reviennent en arrière. La pluie qui pique les yeux et permet au Tarbais de feinter en nocturne. Louis à ses côtés ne voit que des éclairs paternels. Bouscaillou reste en bourre. Le 3 contre 4 est pour lui une entrée en matière. Quand on marque on passe au camp adverse. Une défense offensive en somme. Point de logique lorsque le 3 contre 4 fatigue plus que le 4 contre 3. Ce qui pèse apparemment c’est le port du ballon. La possession du ballon lève le doute en plein hiver. La douche froide deviendra chaude.

Le sombre recouvre le pré. Les lumières de la ville guideront la direction du trou.

Ce soir c’est le Barde et Hamilton de bouffe !

Ce mercredi c’est le Barde et Hamilton de bouffe. Il a fallu compenser le manque. Un poignet récalcitrant a nécessité le soutien de nos artistes. A la rescousse ils répondent présent à croire qu’à la soupe de phalanges, nos artistes sont rois.

Hamilton capture l’image comme notre Barde libère les mots. Les deux ne pédalent pas dans la semoule. La découpe se fera à l’habitude avec notre chewbacca qui désosse à tout va. Il en est ainsi quand on est flanqueur. Ma pauvre Cécile, La table est mise. Le dernier tour de supervision par notre superintendant et voilà les troupes qui se destinent à de nouvelles agapes. Agape the power ! Les deux tiennent d’un mélange si cher à Montaigne, un rayon de lumière sur la betterave, un clair-obscur sur la mâche, une noix posée comme un point d’exclamation pour dire qu’avec la vinaigrette tout est bon. Le Barde est un poète amoureux de Lacan. Son vague à l’âme se prête au vague au balsame. Et oui, même les psychanalystes ont droit à leur vinaigrette qui donne à l’éthique son semblant de quête :
« Le désir est dans le manque… alors mets-la à part, pour ceux qui aiment attendre. ». C’est à cz niveau que Pépé reste en émoi, pour lui l’addition du surmoi et d’un béret donne toute la hauteur au moi. Le ça sur le sujet se couche, et donne l’intermède à Jacquouille qui crée le mélange.  Une subtile emmêlée de noix croquantes, de betterave rouge passion, et de mâche tendre comme une confidence au coin du four.
La vinaigrette ? Putain la vinaigrette, quel bonheur d’avoir le choix et quelle offense de rompre celui-ci. Directement mêlée pour les audacieux, séparé pour les puristes. Il en vint de la magie du servie à part pour les stratèges du goût et les philosophes du libre arbitre.

Hamilton dirait que c’est une composition.
Le Barde soutient que c’est une métaphore.


Nous, on sait surtout que c’est le neuf qui évite à l’emmêlée de tourner au vinaigre.

Les saucisses, dorées avec l’assurance d’un ténor sûr de son aria, trônent fièrement. L’ignorance fait parfois faux bond.
À leurs côtés : un majestueux Gratin dauphinois. Petit détour historique (car le Barde n’aurait pu s’en empêcher : Il ne compte pas ses contes, et n’est jamais avare d’une bonne régression progressive.) Originaire du Dauphiné, ce gratin fut servi officiellement en 1788 lors d’un banquet à Gap. Sa recette traditionnelle ne comportait ni fromage ni fioritures, seulement pommes de terre, crème et parfois lait, longuement cuits jusqu’à la tendresse absolue. Point de bon plat sans noblesse d’âmes. La table est remplie, même si dehors Nils fait du vent. Tempête en hémistiche, dehors le vent scande nos silences, au fond du trou la chaleur recoud nos frissons, il en est ainsi pour que des amitiés donne au trou une lumière. Les deux cuistots sont à l’aile ce que les piliers sont à la cuisse. Le lancer d’assiette mérite un éclairage. Une assiette se fera en sacrifice, les deux jouent dans la sérénité d’une proximité. Les lalas accompagneront les envolées.  Le Barde et Hamilton, artistes libres, ont convoqué les sommets : un fromage de chèvre affiné, « 15 de pic », saveur des cimes, apportant une note audacieuse — comme si la montagne elle-même avait décidé d’écrire un poème fondant. Le 15 sera en talonner entre deux piliers lactés.

Piou annoncera dans l’entremets son amour à la morue. Il œuvre a ses heures aux festivités de Bègles. Christian sera notre hôte. Il échappera au père Abraham sans pour autant faire l’impasse à la meute et tout l’écho de nos castors.

Le Barde glissera en aparté : « Le gratin, c’est l’inconscient crémeux de la pomme de terre. »
Hamilton répond : « Oui, quand il est bien cadré autrement le désir ne sait où poser sa lumière. »

La cuisine réclame son dessert comme un début sa fin.

Une glace aux saveurs chocolatées pour certains, enlacée d’un souffle de rhum et d’une caresse de vanille. Un tango froid et sensuel, un baiser givré qui fond plus vite qu’une déclaration trop sincère. Un biscuit de cœur pour déclarer leur amour. L’art n’est que du don !

Hamilton photographie la dernière cuillère.
Le Barde soupire : « Toute jouissance est éphémère… mais celle-ci mérite un rappel. »

L’absence crée le plein et le plein crée l’éveil du vert. La menthe suivra le café de notre JB. What else. Les coureurs repus se tentent à de nouvelles cibles. Des cartes et les cogitos en balance. Le front est un message et notre trou un délice. Du coeur à pic!

Archiball Bordeaux depuis 1969