
Le retour du pré
Lorsqu’il revint du pré, Dudu arborait un sourire satisfait. Il nous confia que pour la première fois, depuis depuis deux ans au moins, – ce qui ne saurait être une première fois si l’on veut bien avoir un peu de bon sens –, il avait sué corps et âme. Pour l’âme, on repassera, mais pour le corps, c’était sans doute la vérité. La vérité du corps n’est pas toujours celle de l’âme, les saintes écritures en font foi.
Et Romain rassasia nos gosiers

Romain, lui, s’était dévoué corps et âme en remplaçant au pied levé celui qui devait officier en cuisine et dont WhatsApp ne révéla pas le nom. Romain, c’est un joli prénom. Un prénom qui mérite épître n’est-ce pas. Car c’est bel et bien à sa toute récente communauté qu’il adressa ses bienfaits pour mieux la rassembler autour des vérités éternelles.
Comment ne pas citer Saint-Paul et son épître aux romains :
« Leur gosier est un sépulcre ouvert ;
Ils se servent de leurs langues pour tromper ;
Ils ont sous leurs lèvres un venin d’aspic ;
Leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume… »
Et bien Romain transforma les infidèles qui peuplaient le trou et les convertit par la grâce de ses offrandes. Oui, la ripaille répare nos âmes pécheresses. Ce n’est pas Pioupiou qui dira le contraire.
L’épître en détails
C’est par du cochon qu’il entama son sacerdoce. Du grenier médoquin et du pâté, parsemé de petites tomates rouges. Pourquoi de petites tomates rouges ? On s’en branle comme dirait le Prez. Peut-être, cependant, comme allégorie du fruit défendu ? Après tout, une tomate vaut bien une pomme.
Comme il se prénomme Romain, c’est tout naturellement de l’Italie qu’il s’inspira pour le plat que l’on dit principal, c’est-à-dire qui n’est pas accessoire. Du roborative en somme, afin de nous revigorer, de nous redonner des forces. En l’occurrence, des spaghettis carbonara dont l’origine romaine est incontestée. Ce fut une action de grâce. Et je ne pus m’empêcher de le bénir, de faire le signe de la croix pour l’en remercier. Comme Guitou aurait été heureux de porter à ses lèvres ces pâtes célestes, et de porter encore à ses lèvres le vin de notre Jean-Phinou. Car il était bel et bien avec nous notre Guitou, le plus beau des nôtres. Même absent, il est là, présent.

Les vertus de Romain
Romain ne manqua aucune de ses cibles lors du lancer d’assiettes. Sa main ailée distribuait les oboles avec tant d’efficace. Au point que Fayouz ne put s’empêcher de rappeler ces mots de Blaise Pascal : « La vertu d’un homme ne doit pas se mesurer par ses efforts mais par son ordinaire. » Oui, mes petits, c’est par ce que nous sommes que nous sommes grands et non point par ces inutiles efforts qui effacent le plus pur de notre être. Vous le savez tous, « qui court après le mérite attrape la sottise. » Ainsi parlait celui de la Brède, du pays de notre Bardibulle qui nous reviendra bientôt.

C’est bien entendu par des pommes que s’est conclu notre souper. Par le fruit défendu. Ne faut-il pas la tentation pour être sauvé ? Et nous entrâmes en tentation. N’importe, le vieux quatre nous confia que nous étions sauvés. Pour quelle raison ? Là aussi, on s’en branle.
Heureux les doux
Au comptoir, le passe-menthe fit office de passe-temps. Un passe-temps sirupeux certes, mais un passe-temps doux. Heureux les doux est-il écrit dans les Béatitudes. Un long échange se tint entre Pioupiou et Gaston (Christophe). Un Pioupiou asticoté par le descendant de l’inoubliable auteur de La poétique de l’espace. Qui eut le dernier mot ?
Et pendant ce temps-là, Amélie récolta les restes du repas pour ses trois poules. Ainsi se prolongerait pour ces adorables volatiles, ce que nous, humains, nous avions pris tant de plaisir à déguster. Il y a du Saint-François d’Assise chez Amélie ; c’est incontestable.
Ite missa est
La pluie se mit à battre comme nous regagnions nos pénates. La pluie fit des claquettes sur le trottoir à minuit ô Perdigue. Et le Prez de danser sur le pavé mouillé. Lolo sans doute lisait l’Apocalypse dans son lit en prévision de la tempête annoncée. Mais les tempêtes jamais ne durent. Seule importe la permanence du cœur. Et du cœur nous en avons. Comme Romain le bien nommé. « Car celui qui aime l’autre a rempli toutes les exigences de la Loi » (Saint-Paul, épître aux romains). Amen.