Par le Barde

Nous n’étions que onze à Musard, mais cela suffit pour taquiner la béchigue. Et le plus taquin fut le Bardibulle. Le roi de l’interception. Il guette sa proie, surgit, s’en empare, et va à dame. Par trois fois, il se joua des mains adverses. Au grand dam du barde qui fut deux fois sa victime.
Au trou, l’éternel aspirant, l’indécrottable stagiaire, Nico, était aux manettes. Un trou toujours plus cosy, nanti désormais, par la grâce du Tarbais, d’un nouveau comptoir en lieu et place de l’espace où Jacouille écœure ses adversaires à la belote éponyme. Un comptoir gris, élégant. Bénis soient ceux qui œuvrèrent en peu de temps pour que le nouvel appendice soit opérationnel le soir même.
Nous étions une bonne vingtaine. Et pensions à celui qui se retape peu à peu à l’ombre des grands chênes. Et nous avions aussi une pensée pour le plombier céleste qui s’est fait la malle.
Nicolas assura. D’abord par des acras. Puis par de larges tranches de rôti de bœuf accompagnées d’un divin gratin dauphinois. Les Pyrénées n’ont pas leur gratin, mais elles ont leur Sergio, grand-père depuis lundi d’un petit Marcel. Enfin si, les Pyrénées ont leur gratin, c’est Sergio dont nous avons partagé ses paysages familiers le week-end dernier, paysages familiers aussi à notre Seb.
L’ex Prez pleurait Claudia Cardinale. Et chantonnait avec le barde la musique d’Il était une fois dans l’Ouest. Il songeait aussi à la sublime Angelica du Guépard. Mélancolie quand tu nous tiens.
Le lancer d’assiettes mit un terme à leur nostalgie. Quelques éclats sur les carreaux du trou. La faute à Boki qui rechausse les crampons le dimanche du côté de Lalinde. Un brie et un gruyère. Pas de brebis malgré les bêlements d’Alexandre.
Enfin une tarte aux pommes, croustillante, à la pâte délicate et fine. Puis une belote de comptoir pour étrenner le nouveau comptoir. Le barde était sans mains. Arnaud tentait le diable et parvenait à ses fins. Mais c’est Patrice qui l’emporta.
La nuit était fraîche. L’automne est bel et bien là. Et Croucrou de murmurer en regagnant Landiras des vers de Guillaume Apollinaire :
« Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille »
Les feuilles