Par le Barde et Bardibulle

Sur le pré nous étions une petite dizaine pour se tâter à la balle. La météo se faisait lourde. Le Tarbais n’est pas loin joue avec ses 4 poumons. L’air est une affaire de masse et de concentration de molécule. Sur le pré, l’anaérobie était en quête d’oxygène. Le ciel orageux au loin semblait accaparé notre essentiel pour avoir du gaz.
Le jeu fut alerte. Le castor a bien assimilé le toucher deux mains. Malko en retour se familiarise à son rythme à ce jeu de gratte poule et prise de trou. Jean Phi est en alerte, Bardibulle bien servi franchira plusieurs fois la ligne. Rémi et Romain sur les ailes gardent une autre ligne avec leurs courses. Maxence dans le don de soi, laisse dans l’attrape des partis de lui.
La chausse est une affaire de fer et de moulé. Les corps usés, les poumons vidés. Les castors regardent la montre. Ils jouent la montre pour ainsi dire. Le chronos est mangeur d’être, mais le ciel du soir a accaparé tout notre air. Tient c’est l’heure de la douche. Ce soir, c’est un aviateur qui régale. Charly Tango au fraise, alpha bravo, la piste est libre. Bon décollage.
Un aviateur n’aime rien tant qu’être entre ciel et terre. Il peut ainsi déchiffrer l’espace, saisir mieux que quiconque un paysage sous le manteau du ciel. Il tient le vaste monde sous ses yeux. Mais il aime aussi se blottir au fond du trou. Non pas qu’il y remâche ses dépits. Bien au contraire. Il y est aux anges, les pieds bien sur terre sous la voûte des pierres. Mozart était donc de bouffe et nous dispensa ses bienfaits.
Des melons d’abord comme un clin d’œil à l’été, au temps qui passe comme on l’aime, tendre et savoureux, comme un clin d’œil à celui qui n’aimait rien tant que le soleil, notre Kiki. De fines lames de jambon accompagnaient les cucurbitacées.
En bon membre honoraire, JB proposa une paella. Sait-on que le riz fut introduit en Espagne lors de la période arabe ? Les tenants d’une identité étrangère au mélange sont des ânes. Encore que les ânes soient intelligents. Toujours est-il que la paella de JB était exquise. Rien n’y manquait. Le rosé Sabit était de rigueur. Kiki aimait le rosé. Si sa dilection était provençale, il ne répugnait pas le moins du monde à d’autres horizons. Les nomades se moquent de l’ici.
Avant que de lancer les assiettes, nous nous levâmes et firent une standing ovation pour notre Grognard que la faucheuse a surpris au sortir d’une partie de pala. Il est parti en brave du côté du Bassin.
Les assiettes fusèrent. Pas une ne manqua sa cible. Du JB dans le texte. Ses mains sont de l’or.
Le plateau de fromage alternait des produits d’origines diverses. Morbier, Comté, camembert, brebis picoré de piment d’Espelette. Poulet eut apprécié si ses dents ne lui avaient fait décliner notre rituel du mercredi.
Des fraises vinrent conclure les offrandes printanières de JB. Avec de la crème chantilly, pour le plus grand bonheur de Guitou et d’Amélie.
Au comptoir, un cocktail à base de jet et de liqueur d’Almendra nous fut servi. D’aucuns apprécièrent, d’autres pas. C’était un tantinet sirupeux. Le vieux quatre apprécia. Chewbacca un peu moins. Perdigue pas du tout. Mais cette ouverture aux mélanges était la bienvenue.
JB sortit du trou. Il jeta un œil vers le ciel. Une nouvelle étoile s’était ajoutée à la constellation des castors. Comme la lune de Méliès, elle souriait. Et Kiki lui fit un clin d’œil. Demain, je taquinerai le ciel se dit JB et j’irai lui faire un petit coucou. Il fredonna l’adagio du concerto pour clarinette du salzbourgeois, un vent léger soufflait sur la ville.